Le vouloir –
La prière est d’abord animée par une intention. Nous prions pour que Dieu soit connu et glorifié ; pour qu’Il règne par son Esprit, par sa Parole, par l’exemple de ses amis que sont les saints de tous les temps ; pour que son Royaume, qui « n’est pas de ce monde », se manifeste dans la société civile et la transforme de l’intérieur. Nous prions pour que soit faite la volonté de Dieu dans l’univers visible et terrestre et nous nous engageons ainsi à la faire, pour le salut et la transfiguration du monde. La prière comporte donc une promesse de celui qui prie. La première fonction de la prière est de dire notre volonté de vivre en synergie avec le projet divin, avec la volonté du Père. Par elle, nous entrons dans le mystère divin qui anime l’histoire de la Création tout entière, celle de nos sociétés et de nos civilisations.
L’épiclèse
Par la prière nous invoquons continuellement la venue de l’Esprit sur les besoins légitimes des hommes, sur leurs difficultés et sur leur bonheur. Constamment, la prière de foi attire l’Esprit et ses dons sur les circonstances de notre vie, afin qu’Il les consacre, les transforme, les sanctifie et nous les restitue chargées de la grâce et de l’énergie divines. Dans l’épreuve, par exemple, celui qui prie recevra la grâce de donner le meilleur de lui-même. L’Esprit, par la prière des saints, vient continuellement sur l’offrande que les hommes lui apportent : leurs joies, leurs peines, leurs épreuves, les fruits légitimes de leur intelligence, de leur quête, de leur travail et surtout de leur amour. Et Il les transfigure en humanité du Christ.
Transformation de soi
Mais, parce qu’elle invoque l’Esprit sur celui même ou celle qui prie, le premier et très utile fruit de la prière est la transformation de soi. La prononciation continuelle des paroles divines, des Noms divins, des pensées divines incluses dans les mots de la prière, a une influence considérable sur notre conscience. Elle modèle celle-ci, elle la façonne, elle la « verbifie », elle la « christifie » : il n’est pas possible de mémoriser les innombrables paroles divines contenues dans les psaumes, le saint Evangile et dans les prières elles-mêmes des saints Pères, sans en être profondément modifié. Il en va de la prière comme d’un travail, de l’apprentissage d’une langue, d’un art ou d’un métier : la pratique assidue, quotidienne, transforme la personne de l’intérieur, exerce son intelligence et toutes les facultés de son âme. Elle l’oriente continuellement vers la ressemblance au Modèle suprême qu’est le Christ Seigneur : le Christ se forme en nous (cf Ga 4, 19).
Le corps prie
Ne pensons pas toutefois que prier aura de véritables conséquences sur notre conscience et sur tout notre être intérieur si « nous ne joignons pas le geste à la parole », comme on dit. La conscience ne peut être modifiée sans le concours du corps : elle est en effet une conscience incorporée. L’humanisation et l’incorporation de Dieu donnent au corps la parole. C’est pourquoi la prière la plus fructueuse du point de la transformation de nous-mêmes associe le signe de la Croix, les prosternations, les inclinations, la station debout, la respiration, et l’orientation vers l’Icône qui signale le but de notre vie et de toute prière : la déification. Le gestuel comme le souffle fait partie du mouvement de la prière, comme en fait également partie le jeûne : celui-ci associe le corps à la conscience, il fait prier le corps, il fait le corps parler, louer, supplier et remercier le Seigneur.