Une structure religieuse –
Dans toutes les traditions on trouve la problématique du pur et de l’impur, impureté corporelle ou impureté morale (psaume 50). La Bible, notamment dans le Lévitique, en donne de nombreux exemples, pour ce qui est l’alimentation, par exemple, ou le contact. Dans le saint Évangile, un homme tombé aux mains des brigands est mourant et répand son sang : personne, ni prêtre ni lévite, ne s’approche du cadavre ni ne le touche ; on prend plutôt l’autre côté de la route. Le Christ donne l’exemple du Samaritain qui prend ce blessé à bras le corps (Luc 10, 33). Et Il donne ailleurs cet enseignement : « Ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur… les mauvais desseins, meurtres, infidélités, vols… ; mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur » (Matthieu 15, 13-20).
Pur et impur en notre temps
Notre époque connaît cette problématique. Nous sommes confrontés à une pollution planétaire, les océans eux-mêmes ne sont pas épargnés. Les aliments que nous achetons éveillent souvent notre suspicion, par peur d’être à long terme empoisonnés. On achète du « bio » ; on porte des masques… On paye « sans contact ». Bref, nous redoutons les souillures qui peuvent de l’extérieur nous atteindre. La parole du Christ reste d’actualité : l’alimentation bio ou l’hygiène, pour importantes qu’elles sont, ne résolvent pas la question de la pureté. Le problème est ailleurs. On peut manger bio et se laver les mains, et être pourtant en état d’impureté.
L’impureté culturelle
Le saint Évangile ne parle pas ici des formes d’impureté culturelle. L’addiction à l’image et aux écrans qui nous hypnotise; l’asservissement à la publicité qui contraignent le client ; la dépendance aux réseaux sociaux qui souille notre liberté de penser et d’agir, par exemple dans le registre du comportement politique. Ce qui blesse la liberté ou se mélange à elle est une souillure. Sans attendre notre époque, des exemples de souillure culturelle ou spirituelle se trouvent dans les préjugés du passé, les idées fausses et les abus idéologiques. Des peuples entiers, souillés par une idéologie guerrière, ont accepté de se dresser contre d’autres et de verser le sang. Que dire du sang qui souille l’histoire de la plupart de nos peuples ?
Les « pensées »
Mais le Christ touche un registre plus profond : celui des pensées, des suggestions, des idées, des projets qui sont impurs parce qu’ils sont incompatibles avec la volonté du Créateur. Et Il traite, non des idées qui nous viennent de l’extérieur, mais de celles qui procèdent du centre de la personne créée : le cœur. Nous produisons des exhalaisons impures ! Nous nous souillons nous-mêmes et nous souillons les autres par nos pensées passionnelles, par exemple le jugement d’autrui, cette épidémie virale ! Cette pensée, comme celles de la convoitise, du pouvoir, de l’envie, du découragement, de l’oisiveté, et du bavardage, comme le dit la prière de saint Éphrem le Syrien, sont des émanations impures. Impur est ce qui est mélangé, selon l’exemple évangélique du champ semé de grain et d’ivraie (Matthieu 13, 30). En chacune de ces « pensées », on peut distinguer ce qui serait juste et ce qui s’y mélange pour le corrompre.
Le discernement des pensées
Les saints ont pris au sérieux l’enseignement du Maître en ce qui concerne les pensées et le cœur. Ils enseignent la « garde du cœur », notamment dans les textes de la Philocalie. Ils proposent également la purification des pensées, de plusieurs façons : discerner le bon du moins bon en chacune d’elle – mais ceci est prématuré, si l’on suit l’évangile ; remplacer chaque pensée par son contraire, le jugement par la bénédiction, par exemple ; confesser ses pensées, pour leur ôter leur force cachée ; lutter pour faire la volonté du Père et nous exercer chaque jour à ressembler en tout au Fils. L’Esprit saint est celui qui opère en nous cette orientation continuelle vers l’image de l’homme parfait, du Verbe et Dieu homme. Ainsi, ces pensées qui nous souillent sont converties de façon régulière et deviennent paradoxalement le moteur du salut !
Les saints purifient le monde
On n’oubliera pas de redire que les pensées qui nous souillent, venues des profondeurs inconscientes, comme l’ont bien vu les saints, souillent ceux qui nous entourent : hommes, bêtes, plantes, éléments créés. Tout est contaminé par le péché. La création tout entière souffre des pensées que nous exhalons. Je souille le monde. Mon souffle nauséabond, avant même que des paroles ne soient prononcées ou des actes commis, souille l’air que je respire. A l’inverse, si une personne se convertit, elle exhale une effluve de vie, de paix et de douceur dont les créatures se réjouissent. Les saints exhalent des pensées qui transfigurent, qui pardonnent, qui patientent. Leurs idées, leurs inspirations sont portées par le souffle de l’Esprit qui habite en eux. De leur cœur procèdent alors toutes sortes de bons desseins ; ils purifient le monde par un esprit de paix et de désintéressement.