L’épître –
Comme souvent, l’évangile que nous entendons s’interprète à partir de l’épître que nous avons écoutée auparavant. L’apôtre prêche en précurseur du Verbe, selon le modèle donné par saint Jean Baptiste. Les épîtres « aplanissent les voies du Seigneur » dans notre conscience ; la parole apostolique ouvre nos oreilles pour qu’elles entendent ce que l’Esprit, par la Bouche du Père, dit à l’Eglise. La lettre adressée aux chrétiens d’Ephèse et à nous-mêmes aujourd’hui annonce l’amour de Dieu pour tous les hommes. Elle parle de « l’abondance de sa miséricorde », du « grand amour dont Il nous a aimés ». Elle rappelle que le Père céleste « nous a donné la vie avec le Christ », son Fils bien-aimé. C’est un don gratuit, manifestation de l’amour inconditionné, « indépendant de nos mérites ». L’amour est d’initiative divine, comme l’écrit également l’apôtre saint Jean (1 Jn 4, 20).
L’exemple
Et l’évangile confirme l’annonce apostolique et en donne l’exemple. Nous voyons, dans ce récit célèbre de Gadara, que le Père envoie le Fils dans le monde pour le délivrer de l’emprise de l’Adversaire, ce Prince de la mort et des ténèbres. Le kondakion de ce dimanche du ton 4 le chante, nous l’avons entendu : le Sauveur a « par sa force divine », arraché les mortels « aux chaînes du tombeau ». Le Fils se fait homme et vient dans le monde pour sauver l’être humain de la possession maligne. C’est pourquoi le saint Baptême, ce mystère qui nous immerge dans le Verbe et dans l’Esprit, est précédé de l’exorcisme : par son Nom, par sa présence sainte, par son humanité divine, le Sauveur exorcise le monde.
L’amour pour le Fils
Toutefois, si l’œuvre de la grâce est d’initiative divine, à la personne humaine appartient la réponse libre. Cette réponse est même la première preuve de l’efficacité de la présence du Fils par le saint Esprit. Après les trois exorcismes qui précèdent le Baptême, vient précisément la renonciation personnelle à Satan, à ses œuvres et à ses illusions, et, immédiatement, la confession de la Foi. La personne humaine, comme dans l’évangile de ce jour, se trouve « dans son bon sens » et « assise aux pieds de Jésus » pour écouter en disciple la parole du Maître. Elle éprouve également un grand désir, celui de rester « avec lui ». Semblable aux apôtres sur le mont Thabor, elle veut rester là où elle se sent bien, mais le Maître l’envoie dans le monde pour participer à son salut.
Prier pour le monde
Nous comprenons ainsi le motif et la force de la prière des saints pour le monde. Quand la violence secoue les hommes et veut s’emparer d’eux par la guerre ; quand les princes de ce monde jouent à se faire peur par l’éclat de leurs armes, les saints, conscients de la présence corporelle du Verbe par l’Esprit, invoquent l’initiative de son amour qui exorcise. Eux-mêmes, les saints, s’exercent tous les jours à aimer ce monde que le Père « aime tellement qu’Il lui envoie son Fils unique ». Dans nos familles, dans nos paroisses, avec nos enfants, cultivons cette présence, puisque nous sommes par la foi et par le baptême membres du Christ présent ; cultivons la bienveillance, la paix et l’amour purificateur. Disons et montrons « dans la ville entière » ce que le Père a, par son Fils et son Esprit, fait pour nous et pour tous les hommes.