De dimanche en dimanche, en ce temps de Pentecôte, nous voyons agir le saint Esprit, sans qu’Il soit ni nommé ni désigné. Le saint Esprit est celui qui opère continuellement, certes, mais dans le retrait, dans la discrétion, dans l’ombre en quelque sorte du Verbe. Il agit en tant que Personne divine par sa grâce, autrement appelée énergie et, plus précisément, énergie divine. Il opère par le Verbe, par sa parole et par ses gestes. Cela ne veut pas dire que le Verbe s’interpose entre le Père et son Esprit. Mais, comme nous l’avons vu et dit souvent, le Verbe est le Donateur de l’Esprit qui, simultanément repose sur lui et habite en lui. Le Verbe irradie les énergies de l’Esprit.
L’Esprit, dans l’évangile que nous venons d’entendre et d’écouter, agit de plusieurs façons. Il inspire d’abord aux aveugles de suivre Jésus le Verbe ; Il leur inspire de le prier et de demander sa miséricorde, ce qui est une reconnaissance de sa divinité, car seul Dieu est miséricordieux. Puis, Il leur inspire de reconnaître en lui le Messie, puisqu’ils l’appellent Fils de David. Ensuite, Il leur inspire d’affirmer leur foi dans la puissance du Christ : Avez-vous foi ? « Oui, Seigneur ! ».
Enfin, l’Esprit opère par sa grâce dans le toucher du Verbe fait homme, dans l’irradiation de son corps déifié ; et Il opère par sa parole, qui est une déclaration typique du Verbe : « Qu’il advienne… ! » Nous reconnaissons le style de déclaration que le même Verbe fit entendre dans la création du monde : « Qu’advienne la lumière ! » Il y aurait encore à dire que l’ouverture des yeux de ces aveugles, par l’opération du saint Esprit, symbolise une autre ouverture et d’autres yeux : l’Esprit est celui qui ouvre à la connaissance. Les nouveaux voyants contemplent en tout premier le Créateur qui vient de leur toucher les yeux !
Nous pouvons ainsi glorifier l’opération continuelle du saint Esprit dans les récits du saint Évangile, et la reconnaître par expérience, dans notre propre vie. Enseignons cela à nos enfants ; attirons leur attention sur la façon dont le saint Esprit agit chez eux. Nous ne sommes pas bien conscients de ce que le Seigneur Esprit fait pour nous, en nous et par nous. Nous ne sommes pas bien conscients de tout ce que le Christ et Verbe du Père fait dans le monde et dans notre vie par son Esprit saint. Nous vivons souvent, même les chrétiens, comme si Dieu était absent ! Nous avons à être attentifs au contraire à sa présence comme Esprit et, par la grâce de ce même Esprit, comme Verbe et Christ. Chaque soir, faisons la liste des moments où Dieu s’est montré dans notre journée.
Mais tournons encore notre attention sur le fait qu’aujourd’hui nous faisons mémoire d’un grand martyr et thaumaturge, le saint anargyre Pantalémon. Nous nous émerveillons de la coïncidence providentielle entre cette mémoire et l’évangile de ce jour. Pour prolonger notre glorification du saint Esprit, c’est le cas de rappeler qu’Il agit par les saints. Il se manifeste en eux par la foi qu’Il leur inspire, comme le montre la vie de saint Pantalémon ; par la conscience qu’Il éveille en eux ; par la compassion divine et charismatique qu’Il développe en eux et, bien entendu, par les guérisons qu’Il opère lui-même par eux. Les saints nous permettent de faire la distinction entre l’Esprit et ses dons. Ce sont bien eux qui agissent, qui soignent et qui guérissent, qui sont ainsi les sujets de ces actes charismatiques. Et en même temps, le Sujet ultime de ces œuvres est l’Esprit : c’est lui qui leur communique ces dons après leur avoir donné la foi.
Une dernière image de l’action du saint Esprit s’offre à notre contemplation : celle du Verbe, rempli du saint Esprit, conduit par celui-ci dans le monde (« les villes et les villages »), parole du Père (« Il proclamait… »), prophète du Royaume, qui est un nom pour l’Esprit, selon les saints Pères : Il irradie parmi le peuple de l’humanité la compassion du Père, parce qu’Il soigne, guérit et console, les infirmités du corps et de l’âme. Pensons à prier l’Esprit, non seulement pour l’invoquer, comme nous le faisons tout le temps par les innombrables « Seigneur miséricorde ! », mais également pour le glorifier : « Gloire à toi, Esprit très saint et très bon, Seigneur, gloire à toi ! »