L’office de vêpres –
La liturgie occidentale, pendant l’octave qui précède Noël, glorifie les noms divins donnés au Christ, à la fin de l’office de vêpres. Dans l’office byzantin, elles pourraient être chantées après la bénédiction finale, avant « Par les prières de nos saints Pères… » – pour jouir de ce précieux trésor.
Accomplissement de l’Avent occidental
Les « Ô » sont les grandes antiennes des vêpres des sept jours qui précèdent la vigile de Noël : on les appelle ainsi parce qu’elles commencent toutes par l’exclamation « Ô », suivie d’un des Noms divins prophétiques annonçant la venue du Messie, révélés dans l’Ancien Testament. Elles sont très anciennes, puisqu’on les trouve déjà dans l’antiphonaire grégorien (attribué à saint Grégoire le Grand, pape de Rome de 590 à 604). Mais, malgré son nom, cet antiphonaire est certainement antérieur à saint Grégoire et ces textes liturgiques sont probablement du 5ème ou 6ème siècle. Leur nombre a varié, mais, dans l’antiphonaire grégorien, elles sont au nombre de 7, dans l’ordre suivant : « Ô Sagesse », « Ô Adonaï », « Ô Rejeton de Jessé », « Ô Clef de David », « Ô Orient », « Ô Roi des Nations », « Ô Emmanuel ». Dans le manuscrit de Paris (12ème siècle), elles sont au nombre de 9 (on trouve en plus : « Ô Saint des Saints », et « Ô Pasteur d’Israël ») et dans le manuscrit de saint Gall (10ème siècle), elles sont au nombre de 12. Mais il semble bien que le chiffre 7 soit le plus traditionnel, puisque c’est celui qu’avait adopté le Missel romain, jusqu’à la réforme liturgique de Vatican II (1965) qui a fait disparaître ce trésor du rite romain3.
La pédagogie
Cet ensemble constitue une pédagogie liturgique. Pendant 7 jours, sont proclamés successivement les 7 principaux Noms divins révélés dans l’Ancien Testament, et ceci dans le sens d’une révélation de plus en plus explicite, puisque l’on commence par « Sagesse », pour arriver à « Emmanuel » (« Dieu avec nous »- Mt 1/23), le Nom révélé par le prophète Isaïe, lorsqu’il fit la prophétie de la venue du Messie, au 8ème siècle av. J-C. Et ces 7 Noms prophétiques nous préparent à la révélation du Nom de Jésus, « le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse au Ciel, sur Terre et dans l’Enfer » (Phi 2/9-10), qui est proclamé le 8e jour (8 est le nombre symbolique de la Résurrection et du Royaume). On passe ainsi liturgiquement de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance. Cette « semaine des Noms divins » est une véritable mystagogie, préparant le cœur des croyants à être cette « grotte » qui « contient l’Incontenable ».
Les Noms
Le soir, quand les ténèbres du monde augmentent avant que resplendisse la Lumière, ils sont « un cri vers le Messie » qui est venu et qui est attendu en son second et glorieux Avènement (Dom Guéranger). La Divinité est au-delà de tout nom et les Noms divins sont « des louanges concédées à la mesure de nos capacités » (Denys l’Aréopagite).
« Ô Sagesse ! »
Le Christ est « la sagesse hypostasiée du Père », la Sagesse divine en personne. Par Lui, Dieu a tout créé (Ps. 103, 24). Jésus a manifesté la Sagesse du Père (Luc 2, 40) ; en lui « sont cachés les trésors de la Sagesse » (Col.2, 3). Mais la Sagesse resplendit tout particulièrement sur la Croix (1 Co. 1, 18-25), dans sa Résurrection et par l’envoi de l’Esprit du Père. Et « de nouveau, avec gloire, Il vient ! » (Symbole de la Foi).
« Ô Adonaï ! »
Traduit par Seigneur, il remplace l’imprononçable Nom de YHVH. Jésus est le Seigneur Dieu, qui a parlé à Abraham dans la nuit étoilée et à Moïse dans le buisson ardent, et qui s’est révélé comme Je-suis. Il est « un seul Seigneur Jésus-Christ » (Symbole).
« Ô Rejeton de Jessé ! »
« Un rejeton sortira de la souche de Jessé » (Is. 11, 1 ; 11, 10). Sa généalogie est lue en Saint-Mathieu le dimanche précédant Noël, attestant la filiation humaine historique du Fils de Dieu.
« Ô Clef de David ! »
Du Christ il est dit : « sur son épaule est la clef de la maison de David » (Is. 22, 22). Il « détient la clef de David » (Apoc. 3, 7) et dit : « Je détiens les clefs de la mort » (1, 18). Il est la Clef qui ouvre le trésor des Écritures dont Il est le Sens.
« Ô Orient ! »
Il vient de l’orient (Is.41, 25) ; et Il est l’Orient de toute connaissance. Les chrétiens prient vers l’Orient, tournés vers lui qui vient, qui se lève du royaume des ombres pour illuminer la terre.
« Ô Roi des nations ! »
« Qu’on dise parmi les nations : le Seigneur est Roi ! » (1 Ch. 16, 31 ; Ps. 95, 10). « Le Seigneur Dieu est Roi des nations » (Apoc. 15, 3) ; « Jésus Christ est le souverain des rois de la terre » (1, 5), « l’agneau est roi des rois » (17, 14), ce roi sans pouvoir de ce monde et qui règne par l’amour immolé par amour…
« Ô Emmanuel ! »
« Je serai avec toi » (Ex. 3, 12), dit le Seigneur. « Avec-toi » ou « Avec-nous » est son Nom, un refrain de l’office byzantin. Dans toute l’histoire sainte, Dieu est avec son peuple ; devenu homme, Défenseur et Consolateur, Il a pris parti pour les hommes. Il leur donne la victoire sur la peur de la mort.
« Ô Jésus ! »
Le huitième Nom divin glorifiant le Messie et Fils de Dieu est « Dieu-sauve » ou « Salut-de-Dieu ». À ce Nom, « tout genou fléchisse ! » (Phi. 3, 3). Nos Pères d’Israël ont toujours glorifié le Dieu sauveur. Devenu homme tout en demeurant Dieu, Il sauve l’humanité de l’intérieur. Par le saint Esprit l’action salvatrice de la Divinité s’est faite immanente à la création et au genre humain tout entier. Nous invoquons ce Nom sans cesse, sur nous-mêmes, nos amis, nos ennemis, et sur le monde entier que Dieu veut sauver.