Le Fils et l’Esprit –
Nous écoutons l’évangile de ce jour et nous n’oublions pas que nous sommes dans le temps de Pentecôte, le temps de l’Esprit. L’épisode historique qui nous est rapporté témoigne de l’action du saint Esprit, dont Jésus Christ, le fils de Dieu est le Donateur. Sur terre parmi les hommes, maintenant à la droite du Père et, au dernier Jour, dans son retour glorieux, le Fils envoie l’Esprit et ses dons. Tous les miracles que décrit le saint Évangile sont à la fois des actes du Fils et des manifestations de l’Esprit et de sa grâce. Personnellement rempli de l’Esprit du Père, Il le diffuse, pourrait-on dire, Il le propage, Il en distribue les dons par ses actes miséricordieux.
L’homme « en situation de handicap »
Le paralytique de ce jour est un personnage réel et sa guérison est réelle, historiquement et géographiquement : on peut la situer à Capharnaüm. Mais les faits historiques ont valeur de symbole ; ils renvoient à une multitude de sens, de « signifiés ». Le paralytique est donné comme signe de la condition humaine immobilisée par le péché ; incapable de se mouvoir vers le bien c’est-à-dire la volonté de Dieu : privée de la grâce d’accomplir sa vocation originaire qu’exprime la parole du Verbe « faisons l’homme à notre image et pour notre ressemblance » (Gn 2). Les cultures, les civilisations et les religions donnent toutes l’exemple de cette impuissance à se mouvoir vers la ressemblance. En même temps, elles donnent toutes l’exemple du désir constant de l’humanité d’aller vers la vie en Dieu, d’activer les capacités de divinité qui sont en elle.
La créature amorphe
Nous déchiffrons également dans ce personnage historique l’homme intérieur, la conscience ou le cœur amorphes. L’immobilisme intérieur et l’absence de créativité sont engendrés souvent par la peur de la nouveauté et de la vie. Or il n’est pas propre à la créature d’être immobile. Le mouvement, extérieur ou intérieur, du corps et de l’esprit, la caractérise. La créature est riche du devenir, d’une extraordinaire capacité d’adaptation et d’invention. Elle est faite pour progresser. Si elle perd cela, c’est la mort. Un mort ne bouge plus. Il est une mort du corps et il est une mort de l’âme, qui n’est immortelle qu’en Dieu. Il est une mort de la pensée, livrée à des activités mécaniques, des raisonnements répétitifs, des préjugés et des jugements mortifères.
Celui qui nous donne le mouvement et l’être
Or, le Seigneur est celui qui nous donne « la vie, le mouvement et l’être », selon les paroles de l’apôtre Paul (Ac 17, 29). Il nous insuffle de son Esprit comme énergie motrice pour l’accomplissement du bien, pour le progrès dans la connaissance, pour la croissance de notre être à son image et à sa ressemblance. C’est ce que le Verbe créateur manifeste aujourd’hui : d’une seule parole, comme Il a fait être, vivre et bouger ce qui n’était pas, Il donne à l’homme le mouvement : « Lève-toi ! Prends ton grabat et rentre chez toi ! » Sa parole est pleine de souffle, du Souffle dont le Père est la source. Il n’y a pas de parole sans souffle.
Le Père conçoit le Verbe et exhale l’Esprit. Par son verbe, le Verbe insuffle la vie et le mouvement. Et Il communique cette vie et ce mouvement d’abord à l’homme intérieur, par l’absolution de ses péchés : « Tes péchés te sont remis ! » L’inertie de l’homme vient du péché, qui nous déconnecte de la Paternité originelle. Le péché s’oppose à tout progrès, il entrave notre évolution et notre croissance naturelle à la ressemblance. Il empêche la déification de l’homme, but et terme de sa création.
L’homme debout
Ainsi en ce temps de Pentecôte nous voyons ce que fait ou veut, selon notre foi, faire le Verbe invisiblement présent dans l’Église et par elle dans le monde. Par sa parole créatrice pleine de l’Esprit, lorsqu’Il voit notre foi, lorsqu’Il peut nous intimer d’avoir confiance en lui, Il rend à l’homme la capacité naturelle de retrouver sa verticalité, d’assumer le grabat de son existence souvent lourde, et de « rentrer chez lui ». L’homme debout, affranchi de l’exil, retrouve, par la parole du Verbe et le souffle de l’Esprit, la familiarité de sa demeure primordiale, ses racines paradisiaques, sa mémoire adamique, pour tout dire : son origine. « Rentre chez toi ! » : quelle parole extraordinaire pour l’homme déchu qui n’a plus depuis longtemps une telle patrie, un tel habitat, un tel « chez soi » avec le Père.
L’énergie du pardon
Nous l’entendons dans l’évangile de ce jour : le pardon divin est la puissance, la grâce, l’énergie de l’Esprit communiquée par la parole du Verbe, qui rend le mouvement à l’homme intérieur et extérieur : elle « absout », c’est-à-dire « délie ». Le corps est le symbole de l’âme ; façonné par le Créateur, il est transparent à l’âme rendue vivante par la divine haleine du Père. Le pardon est une énergie divine : il a donc une vertu créatrice. C’est pour cela que la vie nouvelle commence par le saint Baptême « pour la rémission des péchés », pour la mise en mouvement de notre corps et de notre cœur conscient.
Le pardon vivifie ; il mobilise la pensée et l’action. Il est agi exclusivement par le Verbe et l’Esprit, quoiqu’il soit exercé par ceux qui en ont le ministère, les évêques et les prêtres : il est exercé également par ceux qui sont membres du Corps du Christ, les baptisés. Quand tu pardonnes, c’est le Christ qui, en toi, remet les péchés !