Clôture de la Fête –
Chers fidèles, nous célébrons aujourd’hui la clôture de l’Exaltation de la Croix. Toutes les grandes fêtes sont suivies d’une octave, pendant laquelle la célébration se prolonge : on chante les mêmes offices tous les jours (matines, divine Liturgie) de façon à s’imprégner de leurs messages fondamentaux. Ainsi, pendant toute la semaine, nous avons chanté le tropaire « Seigneur, sauve ton peuple et bénis ton héritage ! » ainsi que « Devant ta croix, nous nous prosternons, ô Maître ! » Tout notre être – âme et corps – s’est imprégné de cette extraordinaire manifestation de l’amour divin qu’est le Croix.
Répondre à l’amour du Christ
Aujourd’hui se termine donc cette semaine de fête. A la démonstration de l’amour de Dieu pour nous qu’opère la sainte et vivifiante Croix, le Christ nous suggère de répondre. Si nous aimons le Christ notre Dieu, nous prendrons notre croix et nous nous mettrons à sa suite. Nous lui montrerons combien nous l’aimons, puisque la croix est le langage de l’amour de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu. De même que le Seigneur s’est fait chair et s’est fait homme jusqu’à la Croix pour manifester sa préférence absolue de nous à lui-même, de même nous pouvons prendre notre croix personnelle pour montrer au Christ que nous le préférons totalement à nous-mêmes.
Renoncer à être un dieu
Cette croix personnelle dont chacun de nous dispose et qui lui est, d’une certaine façon, offerte par le Seigneur en échange de sa Croix personnelle, semble sans proportion avec celle du Seigneur. Il monte sur la Croix pour le genre humain universel et pour chacun d’entre nous en particulier. Nous prenons notre croix à la mesure qui nous est propre et particulière. La croix de chacun est la clef avec laquelle il ouvre la porte de sa vie pour rejoindre le Christ. L’évangile l’appelle « renoncement à soi ». Tous les jours, il nous est donné l’occasion petite ou plus grande de renoncer à avoir raison, à posséder, à jouir, à dominer. De cette façon notre croix ressemble tout de même à celle du Seigneur : par la Croix Il a renoncé à l’honneur et à la gloire qui sont dues à sa divinité ; par sa croix, chacun de nous abdique la prétention d’être, d’une certaine façon, le dieu des autres.
Le Christ notre Dieu
Prendre sa croix, c’est essentiellement renoncer au culte idolâtre de soi. Mais ceci n’est pas possible sans l’amour pour le Christ : il s’agit d’abdiquer le culte égocentrique pour embrasser le culte théocentrique du vrai dieu. C’est pourquoi le Christ Seigneur dit : « qu’il me suive ! ». Nous allons prendre le saint Évangile comme mode d’emploi de notre vie, abandonner la religion de l’amour égoïste de soi, et mettre nos pas dans ceux de notre Sauveur. Il deviendra ainsi notre Dieu, lui qui ne revendique pas d’être glorifié par nous. Nous pouvons tout quitter – nos opinions, nos préjugés, nos prétentions, nos projets terrestres, surtout le plaisir que nous nous prenons à la vanité, cette vaine gloire – et suivre Jésus. Et pourtant, vue de l’extérieur, vue des hommes, notre vie ne paraîtra pas si différente.
Célébrer le Christ dans le prochain
Il y aura pourtant une qualité radicalement nouvelle. Nos proches, autour de nous, découvrirons, jour après jour, que nous les aimons pour eux-mêmes, d’un amour désintéressé. Ils sentiront de façon confuse que nous reconnaissons en eux la présence de notre dieu, le Seigneur fait homme. En effet, une façon remarquable de suivre le Christ et de lui offrir le culte qui lui revient consiste à le voir invisiblement présent dans le prochain ; à offrir au prochain ce que nous voulons lui offrir. Renoncer à soi, et donc prendre sa croix, consiste ainsi à célébrer tous les jours dans l’homme qui est à côté de nous le culte qui revient au Dieu Homme.
(a.p. Marc-Antoine – 20/09/2025)