Le monde souffrant –
L’évangile de ce jour met l’accent sur la responsabilité des disciples de Jésus Christ par rapport au monde. Bien sûr, le malade qui est conduit au Seigneur est un individu, probablement un enfant. Mais il est représentatif de l’état de l’humanité. Celle-ci est elle également « lunatique », soumise aux influences cosmiques ainsi qu’aux modes, aux influences de toutes sortes, et elle n’a pas toujours sa raison, comme le montre l’actualité.
L’amour paternel
La première attitude par rapport à la société humaine égarée est celle du père de l’enfant. La souffrance, la compassion, l’impuissance le font se tourner vers le Seigneur Jésus et tomber à genoux devant lui. Il parle avec son corps et il dit son désespoir, non pour lui-même, mais pour celui qu’il a engendré. Il exprime simultanément son espoir en Dieu seul. Notre première attitude pourrait être semblable à la sienne. Devant l’égarement de la société humaine, nous pouvons avoir une sollicitude paternelle, un sentiment de responsabilité, car nous ne sommes pas innocents de ce qui arrive dans le monde. Une telle disposition nous préserve en tout cas de tout jugement et nous rend humbles. Et nous découvrons la prière pour le monde comme la prière d’un père pour son enfant très malade.
Puissance de la prière
La deuxième attitude est celle des disciples du Christ, et nous instruit nous-mêmes, puisque nous prétendons être chrétiens. Le message est clair : ne nous contentons pas de prier pour le monde de façon formelle avec « manque de foi ». Que notre prière soit au contraire animée par la foi qui déplace les montagnes et « rien ne nous sera impossible ». Que notre prière soit soutenue par le jeûne pour expulser l’Adversaire et ses légions de notre monde malade. Sans le savoir, nos contemporains attendent des disciples du Seigneur qu’ils manifestent la puissance de leur prière, au lieu de « ne pas pouvoir les guérir ».
Exorciser le monde
Le message qui nous est adressé indique que la prière pour le monde consiste à l’exorciser du mal dont il souffre. Le mal, l’œuvre du Malin, n’est pas d’abord économique, politique, culturel, psychologique, moral ou cosmique. Il est fondamentalement d’origine spirituelle. L’Adversaire et ses légions relèvent du monde angélique, ils sont des puissances spirituelles. Et l’écoute de cette parole en ce temps du jeûne de la Dormition nous instruit sur le motif profond de notre obéissance à cette tradition. Pourquoi jeûner et prier ? Bien sûr, et en premier lieu, pour purifier notre conscience des œuvres de mort. Bien sûr, et de façon ultime, pour acquérir le charisme de la vision de Dieu en toute chose. Mais nous jeûnons également pour la guérison et le salut du monde. Et, comme le père du malade, nous nous tournons vers le Seigneur lui-même, plus puissant que ses disciples : « Seigneur Jésus Christ notre Dieu, fais miséricorde à nous et à ton monde ! » ; et vers sa Mère très pure en ce temps de la Dormition : « Très sainte Mère de Dieu, sauve-nous et sauve le monde ! »