Le christianisme n’est pas un système d’obligation. Nous pouvons faire l’économie des verbes devoir, falloir… Les saints ne sont obligés à rien. Ils font tout par amour. La bienheureuse Marie Madeleine Postel de Barfleur le rappelait toujours à ses filles spirituelles.
Si je ne puis communier –
Il arrive que je ne puisse pas communier au Corps et au Sang du Christ, par exemple si une personne a quelque chose contre moi. Le Christ Seigneur nous conseille : « Si tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi… va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis revient présenter ton offrande… » (Matthieu 5, 23 ; cf Marc 11, 25). Ou bien je saigne, ou je n’ai pas pu me confesser depuis longtemps, ou je n’ai pas pu me préparer par les bonnes prières des Anciens et, justement, par le jeûne. Ou bien encore, j’ai un temps de pénitence à accomplir, que m’a donné mon prêtre confesseur. Enfin, si je suis encore catéchumène, je ne communie pas encore !
La réalité du jeûne
Alors, pourquoi jeûner, si je ne communie pas ? Je dirais : pourquoi même assister à la célébration, puisque je ne communierai pas, ce jour-là ? Je serai au rang des pénitents, ou à côté des catéchumènes, et je m’y trouverai à ma place, mais, pourquoi jeûner ? Il est vrai que le jeûne est la culture de la faim et de la soif spirituelles ; il prépare précisément à se nourrir et à s’abreuver du Seigneur au cours du Banquet eucharistique. Il est une purification de l’homme intérieur qui prépare une demeure pour l’Hôte divin. Il est un renoncement aux désirs naturels de ce monde : jeûne alimentaire, jeûne sexuel, jeûne culturel, jeûne de possession et de tout ce qui nourrit le moi passionnel ; le plus important est le jeûne des pensées comme la critique et le jugement d’autrui, ou encore les paroles vaines et négatives.
La richesse du jeûne
Il y aurait plusieurs bonnes raisons de jeûner sans prendre part à la table eucharistique. La première, est l’appel que l’on ressent dans son cœur, signe de l’action du saint Esprit. Une deuxième est que nous nous préparons en tout cas, notamment si nous sommes catéchumènes, à une future communion eucharistique : le jeûne est toujours dans la perspective de la fête, de la célébration et du Royaume, il ne se suffit pas à lui-même. Une autre est le fait que, lorsque nous jeûnons, nous sommes unis à tous ceux qui en font autant. Le jeûne n’est pas une démarche individuelle. Ce n’est pas mon jeûne : c’est le jeûne du Christ, le jeûne des ascètes et des saints, celui des anges, celui de l’Église. Il nous unit à tous ceux qui veulent être agréables au Seigneur. Il nous unit aux pauvres, aux affamés, à tous ceux qui ont faim et soif de justice.
Le jeûne comme communion
Ainsi, l’expérience du jeûne est, en elle-même, une expérience de communion avec Dieu et avec les hommes. Assister à la divine Liturgie sans communier aux saints Dons mais en état de jeûne eucharistique et ascétique, nous dispose également à communier à la Parole sous toutes les formes où elle nous est distribuée : par l’attention que le jeûne soutient, nous communierons au saint Évangile et à toutes les paroles partagées dans les lectures et les chants, surtout au cours de la Liturgie de la Parole, celle des catéchumènes. Mais, dans celle des fidèles également, si nous sommes baptisés, le jeûne orientera notre faim et notre soif vers la grâce multiforme déversée par l’Esprit. Il soutiendra notre participation à la consécration des Dons. Pour cela, il sera bon que notre jeûne soit habité par une épiclèse permanente. Nous aurons communié ainsi, non seulement à la Parole, mais à l’Esprit de notre Père céleste.