La joie de la Nativité –
Le saint Évangile en ce dimanche qui suit la Nativité apporte un contraste saisissant. Nous avons été dans la joie de la Noël ; nous avons été illuminés par celui qui est Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. Nous nous sommes inclinés devant la venue en ce monde de l’humanité parfaite de celui dont la divinité est parfaite. Nous nous sommes réjouis de l’annonce pleine d’espérance portée par les saints anges : « Gloire à Dieu plus haut des cieux ! Paix sur la terre ! Bienveillance parmi les hommes ! » Nous avons adhéré à la vision divine qui inclut avec le ciel et la terre l’humanité entière dans la vraie vie, dans l’innocence d’une humanité irréprochable.
Le contraste
Et voici que, aujourd’hui, nous entendons un message atroce : le sang versé fait écho aux plaintes et aux cris de douleur. La souffrance du monde s’exprime sans retenue. Nous pensons à un univers abandonné à lui-même, jouet de la méchanceté des méchants, du pouvoir de ceux qui gouvernent ce monde misérable. Le récit évangélique rivalise avec ce que nous montrent comme horreurs les médias, la violence et la cruauté en libre action, le meurtre des enfants sous les bombes ou les drones. Il fait allusion aux millions d’enfants tués avant même de naître. Quel est ce monde atroce dans lequel nous vivons et dans lequel la liturgie chrétienne ose proclamer le message de paix ? En fait, comment la venue du Verbe dans le monde pour lui offrir la parfaite humanité peut-elle être suivie par son contraire ?
L’Adversaire
Nous savons que le message évangélique, et la réalité même de la présence du Dieu Homme dans le monde, sont en butte à une extraordinaire adversité. Saint Paul parle du « mystère d’iniquité ». Nous sommes sans illusions : cet enfant adorable qui est adoré dans la grotte par les bergers, les mages et les anges, est le même qui, devenu grand, rencontrera librement l’hostilité de l’Adversaire, d’abord au désert puis à Jérusalem, au sanhédrin et jusqu’à la sainte et vivifiante Croix. Dieu vient dans le monde livrer un combat victorieux à la mort, à la violence, à l’inintelligence et au pouvoir. Dans la crèche, il est déjà emmailloté d’un linceul et annonce la sépulture de Gethsémani. Le cierge pascal s’allume à la flamme de Bethléem… La Résurrection triomphera de l’Adversaire.
Les protecteurs du message
La confrontation de l’annonce de Noël et du récit de la fuite en Égypte comporte un message de responsabilité. L’exemple en est donné par saint Joseph le Juste, à qui furent confié l’Enfant et sa Mère très pure. Disponible à l’injonction angélique, il prend les deux avec lui et les met à l’abri en Égypte. Ensuite, revenu d’Égypte, il les met à l’abri à Nazareth. Le même jour, nous faisons mémoire de saint Jacques, le premier évêque de l’histoire de l’Église : le pasteur est celui qui protège et abrite la vérité et la vie portées par le Christ. Et le prophète David, ancêtre du Seigneur Jésus selon la chair, est celui qui donne dans les psaumes les mots de la prière d’intercession ou de louange, prononcée par le Seigneur Jésus ou adressée à lui.
Responsables du Seigneur
Nous pouvons entendre cet appel à la responsabilité : nous voici responsables du Seigneur Jésus, de son message, de son exemple. Les disciples sont les protecteurs de leur Maître ! Nous aussi, nous abritons le Verbe et son humanité parfaite, incomparable et divine ! Nous le gardons de tout ce qui pourrait détruire, déformer ou amoindrir son message et son exemple. Nous protégeons notre Seigneur au sein de la tradition apostolique par laquelle Il se transmet en personne jusqu’à nos jours. Nous le mettons à l’abri de familles où triomphe la paix, la bienveillance, ces foyers où l’on n’entend jamais une parole plus haute que l’autre, où règne le respect mutuel et l’amour du prochain.
Le Nom à l’abri du cœur
Nous l’abritons également, non seulement dans les temples construits de mains humaines et où resplendit la beauté incomparable de la vérité, dans la justesse des icônes et la transparence des rites, mais dans le temple de notre cœur. Les Anciens parlent fréquemment de la garde du cœur. Il nous appartient d’abriter au plus profond de nous-mêmes ce qu’il y a d’innocent et de virginal, « l’innocence de notre cœur » dont parle justement David (psaume 100). Le sceau de l’image de Dieu est en nous un enfant sans violence et sans péché. Nous l’abritons en son Nom : « Seigneur Jésus ! », que nous gardons dans notre cœur. Comme Joseph le Juste, nous le protégeons, lui et sa Mère – « très sainte Mère de Dieu, sauve-nous ! » – de toute adversité, de toute distraction, de toute pensée et de toute image. Souvent, nous les conduisons « en Égypte », c’est-à-dire au désert, par le silence et la solitude ; et nous les entretenons de Moïse, qui, dans le Buisson inconsumé, entendit la parole du Verbe si jeune, et contempla l’incorruptibilité de sa Mère.