Le don de l’humanité parfaite –
Frères et Sœurs, nous étions, il y a un peu plus d’une semaine, à nous réjouir de la venue du Verbe dans le monde. Nous l’avons chanté sur tous les tons : « le Christ est né pour nous ! Venez, adorons-le ! » Et nous sommes venus ; et nous l’avons adoré, nous l’avons glorifié, nous avons célébré la manifestation au monde de sa divine Incarnation. La planète elle-même, sans bien savoir pourquoi, s’est illuminée et a propagé une belle liesse. Sans le savoir, le monde a fêté la présence du Dieu Homme dans l’Histoire universelle, le don suprême fait à l’humanité blessée de l’humanité parfaite, sanctifiée et déifiée.
Le Christ, Donateur de l’Esprit du Père
Aujourd’hui s’ouvre un nouveau chapitre : celui de l’Esprit. Aujourd’hui est publié que la venue du Verbe dans le monde produit l’effusion de l’Esprit. Un Ancien le dit : le Christ est le Précurseur de l’Esprit. Il est le Donateur de l’Esprit dont le Père est la Source. Tout l’enjeu de la mission du Sauveur est la propagation parmi les hommes de l’Esprit sanctificateur et consolateur. Le « principe » de son évangile, comme nous venons de l’entendre aujourd’hui, non seulement le commencement chronologique, mais la source atemporelle de la bonne Nouvelle du Royaume, est contemplé dans l’Esprit. Jean, en Précurseur du Christ, se montre aujourd’hui prophète de l’Esprit : il annonce le Verbe, et il annonce également que le Verbe appelé Christ, c’est-à-dire Celui qui a reçu l’onction de l’Esprit, vient répandre parmi les hommes l’Esprit, le Souffle, l’Haleine vivifiante et illuminante du Père.
L’immersion dans l’Esprit
Vous le savez, baptiser veut dire immerger. Le Fils de Dieu, né pour nous à Bethléem, est celui qui veut immerger dans l’Esprit ceux qui croient en lui. Jean est appelé Baptiste, mais il baptise dans l’eau ; appelons Baptiste et Immergeur le Sauveur Jésus lui-même, Lui qui baptise dans l’Esprit. Par la foi en Jésus le Messie, l’homme est plongé dans le flot de l’Esprit, comparé à une eau merveilleuse, à un feu redoutable et vivifiant ou à un souffle qui inspire l’intelligence et le cœur pour connaître la volonté du Père et la mettre en pratique. Car l’œuvre de l’Esprit en l’homme est la grâce d’accomplir l’Évangile du Fils. Le christianisme est incompréhensible s’il n’est la religion de l’Esprit.
L’immersion sacramentelle
Nous sommes immergés dans l’Esprit du Père quand, par la foi dans le Fils, nous devenons l’hôte de son Corps appelé Église. Immergé dans le milieu divino humain de l’Église, immergé dans la Parole dont l’Église est le Corps, le baptisé est simultanément plongé dans les eaux de l’Esprit, pourquoi ? Parce que la Parole est venue dans le monde sous le souffle de l’Esprit du Père ; parce qu’Elle est Elle-même insufflée de cet Esprit qui déborde d’Elle : le Verbe ruisselle de l’Esprit du Père qui repose sur lui de toute éternité. C’est pourquoi le baptême sacramentel, qui se fait dans l’eau consacrée par l’Esprit – nous connaissons la triple invocation de l’Esprit prononcée sur l’eau par le prêtre – est déjà ce « baptême dans l’Esprit » qu’annonce le Précurseur et dont nous baptise le Verbe. Celui-ci est simultanément celui en qui nous sommes baptisés et Celui qui nous baptise dans l’eau consacrée et dans l’huile chrismale du sacrement de l’Esprit. Et tous les sacrements sont des sacrements de l’Esprit.
L’épiclèse continuelle
Le « baptême dans l’Esprit » n’est pas seulement l’annonce du don charismatique de la Pentecôte, qu’accomplit le Fils et Verbe de Dieu glorifié à la droite du Père. Il n’est pas seulement l’annonce de l’accomplissement de l’Histoire quand, « de nouveau, avec gloire, vient » le Verbe dont irradie l’Esprit. Il désigne notre vie même dans l’Église, particulièrement dans ses célébrations et, surtout, la sainte Liturgie. Toute célébration est une immersion à la fois dans le Verbe et dans l’Esprit. L’épiclèse est la couronne permanente de tous les offices. Sans cesse l’Esprit est reçu à la voix des innombrables « Kyrie eleison ! », « Seigneur miséricorde ! » Dans la nature « épiclétique » de la célébration liturgique, nous reconnaissons ce « baptême dans l’Esprit » qu’accorde sans cesse le Verbe à ceux qui le prient avec foi.
Le baptistère du cœur
Une autre dimension du baptême dans l’Esprit est la prière la plus intérieure. Le baptisé, avec foi et dans la pratique des commandements, prononce le Nom de Jésus en un cœur sanctifié par l’Esprit. Il s’immerge ainsi dans l’Esprit dont son cœur est le temple intérieur. Quand nous invoquons son Nom en vérité, le Seigneur Jésus nous baptise dans l’Esprit dont Il est débordant, l’Esprit du Père qui l’a conduit jusqu’à nous, dans le monde, dans l’Église, et au plus profond de nous-mêmes. Immergeons-nous nous-mêmes par la prière dans le baptistère intérieur qu’est le cœur. Nous goûterons une grande joie et la grâce d’aimer comme le Christ aime, ce qui est le signe même dont l’Esprit couronne les martyrs et les saints.
(a.p. Marc-Antoine – (03/01/26)