L’obéissance –
Le disciple ne demande pas au maître de se justifier. Celui-ci donne un précepte sans se justifier, sans explication. Le précepte contient en lui-même une énergie, une grâce. Le Christ dit « Fais ceci et tu vivras ! ». Et Il dit : « Aimez vos ennemis… Bénissez ceux qui vous persécutent et priez pour eux… » En somme : Faites du bien à ceux qui vous veulent ou vous font du mal. Et le disciple le fait. Ce n’est pas de la soumission, ce n’est pas servile, c’est ce qu’on appelle l’obéissance. Celle-ci est nourrie chez le disciple par l’amour du maître et la confiance absolue en lui et en sa parole. En fait, l’exemple de cela est divin : le Christ, en tant que Fils du Père, en tant qu’envoyé dans le monde pour manifester l’amour du Père, montre une obéissance exemplaire.
L’Esprit approfondit la parole
Toutefois, l’Esprit conduit le disciple à approfondir les paroles du Maître. « Il vous enseignera tout » dit le Christ à son sujet (Jean 13, 31-14-31) ; « Il vous conduira à la plénitude de la vérité » (Jean 16, 31). Le disciple invoque le saint Esprit, quelquefois avec le jeûne, afin de goûter toute la profondeur du précepte. Et l’Esprit saint lui enseigne tout (cf Jean 14, 26). Ce ne sont pas des explications humaines que l’on reçoit de lui : on est enseigné dans la profondeur de la Sagesse.
Ce que dit le Maître
En réalité le Fils unique et Verbe de Dieu enseigne lui-même le sens de son précepte. Aimer ses ennemis ; faire du bien à ceux qui nous nuisent ; bénir au lieu de maudire, sont des actes par lesquels le disciple acquiert la ressemblance divine, ce qui est le but de la création, le but de la vie. Si tu fais ce que fait le Maître, tu t’assimiles au Maître. C’est pourquoi le Christ emploie souvent les verbes « pratiquer », « accomplir », « faire » pour désigner ceux qui font partie de sa maison.
Apprendre à aimer
Aimer ses ennemis et les bénir correspond, selon l’enseignement de l’Esprit, à une deuxième raison : acquérir l’amour pour ceux que nous n’aimons pas encore. Nos ennemis ne sont pas seulement ceux qui ne nous aiment pas : ce sont ceux que nous n’aimons pas ! Quand nous les bénirons, nous épanouirons les capacités d’amour qui sont en nous. Ce sera une grande victoire : celle de l’amour sur la haine, victoire accomplie à l’intérieur de notre propre cœur et manifestée au dehors par des attitudes, des paroles et des actes remplis de la bienveillance du Père.
Le salut des ennemis
Une troisième raison que nous révèle le saint Esprit est que, par la bénédiction des ennemis et l’amour pour eux, nous contribuons à leur salut. Le Christ a fait cela sur la Croix. Il a pris la défense de ceux qui l’avaient condamné et exécuté. La victime sauve le bourreau. L’innocent plaide pour le méchant. Il ouvre ainsi la porte à la manifestation de l’amour de Dieu qui aime les justes et les pécheurs. Celui qui rend grâce à Dieu pour les méchants et les bénit déverse sur eux le courant de la miséricorde du Père : il devient canal de l’amour divin pour ceux qui ignorent peut-être encore ce que le mot amour veut dire.
Formes de bénédiction
Cette méthode divine prend des formes concrètes : « Gloire à toi pour ton serviteur Untel, Seigneur Jésus, gloire à toi ! », et nous mettons toute notre foi dans l’amour du Seigneur pour cette personne ; ou : « Seigneur Jésus Christ notre Dieu, bénis, protège et sauve ton serviteur Untel et fais-moi miséricorde ! », et nous croyons de tout notre cœur que le Seigneur veut se révéler à cette personne et qu’Il a un projet de vie pour elle. Mais, si la prière st toujours la première action, la bénédiction prend également la forme de paroles bienveillantes ou d’actes agréables à autrui. Le Christ dit également : « Fais du bien ! » La prière s’accompagne d’actes cohérents avec elle : tout le bien que nous pouvons faire à ceux qui nous font du mal.
La guerre juste
Ainsi, la bénédiction de ceux qui nous haïssent constitue l’essence du combat de la vie contre la mort. Aime tes ennemis, apprends quand tu les bénis à aimer ceux que tu n’aimes pas encore, et tu gagnes le bon combat. Faire tout le bien possible à nos ennemis… Telle est la vraie guerre, la seule guerre légitime : celle par laquelle le bien gagne sur le mal, la lumière sur les ténèbres, l’amour sur la haine. Telle est la guerre par laquelle le monde est sauvé de l’ignorance de l’amour et arraché aux ténèbres de la mort.