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La Gaule chrétienne

Il est d’actualité de s’intéresser à l’histoire des premières Églises sur le sol de ce qui est maintenant la France, cette année où la paroisse orthodoxe Saint-Germain-et-saint-Cloud, fêtant les 40 ans de sa fondation, met à l’honneur ses saints patrons. L’époque mérovingienne retient le meilleur de notre attention. Voici un extrait du livre « De Clovis à Dagobert : les Mérovingiens », par Françoise Vallet, Découvertes Gallimard, Réunion des Musées nationaux, Gallimard, Paris, 1995.

Survivance du paganisme –

« Au V° siècle, la plupart des Francs sont encore païens, mais leur prise de pouvoir en Gaule du Nord ne paraît pas avoir entraîné un recul très sensible de la christianisation. L’Église était une institution au pouvoir économique et politique considérable. Aussi l’aristocratie franque semble s’être, dans sa majorité, vite ralliée au catholicisme et avoir contribué à la christianisation.

Cependant, le paganisme et surtout de nombreuses pratiques d’origine païenne subsistaient encore localement en plein VII° siècle, si l’on en croit l’exemple de saint Éloi qui fut menacé de mort près de Noyon, lorsqu’il voulut mettre fin aux danses et réjouissances qui marquaient traditionnellement le 29 juin. Pourtant, le regroupement des sépultures autour des églises et l’abandon de l’inhumation habillée témoignent en faveur d’un achèvement généralisé de la conversion des campagnes de Gaule du Nord, un peu avant 700. Du reste, comme l’indiquent les tombes fouillées dans les églises, il ne faudrait pas prendre les dépôts antérieurs de mobilier funéraire pour des indices de paganisme. Seules quelques très rares incinérations révèlent des pratiques religieuses germaniques. Elles sont presque toutes datées du début de l’époque mérovingienne et ne concernent pas des autochtones, mais généralement des Saxons […]

« De saints évêques

L’organisation de l’Église est issue du découpage administratif romain. La Gaule était divisée en cités, regroupées en provinces. Chaque chef-lieu de cité devint un siège épiscopal. Théoriquement élus par le clergé et par le peuple, les évêques devaient ensuite être reconnus par le métropolitain (évêque de la capitale provinciale) et deux autres évêques. Dès Clovis, leur désignation dut être ratifiée par le roi. Le choix des souverains devint prépondérant dans la nomination des évêques.

Ceux-ci sont à la tête du clergé de leur diocèse; ils ordonnent les prêtres, consacrent les églises, ils administrent le sacrement du baptême et de la confirmation. Leurs sermons doivent diriger les fidèles; ceux de l’évêque d’Arles, saint Césaire, sont parvenus jusqu’à nous.

« Les puissants protecteurs de la cité

Ils remplissent aussi une fonction essentielle dans la vie quotidienne des cités. Ils défendent leurs administrés face aux rigueurs de la justice civile ou aux exigences abusives du fisc. L’Église et les évêques possèdent des biens considérables, mais ils doivent secourir les pauvres et les malades pour lesquels ils fondent parfois hospices et léproseries. Les évêques se chargent souvent de la réparation des remparts ou des édifices de leur cité. Leurs pouvoirs vont croissants. Au VII° siècle, certains d’entre eux ont même le droit de nommer le comte de leur cité.

Les charges épiscopales attirant l’aristocratie sénatoriale, il se forma ainsi de véritables dynasties religieuses. Grégoire de Tours est neveu de Gall, évêque de Clermont, et de Nizier, évêque de Lyon ; il est petit-neveu d’un évêque de Langres et cousin de l’évêque de Tours, auquel il succéda en 573.

L’évêque est assisté par des prêtres et des diacres dont certains vivent avec lui, d’autres dans les paroisses du diocèse. À l’époque mérovingienne, l’administration du baptême et les prédications commencent à être déléguées aux prêtres. Sous-diacres, acolytes, lecteurs, portiers et chantres complètent le clergé. »