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Évangile du dimanche après la Croix : Marc 8, 34-9, 1

La glorification de la Croix –

Nous avons, il y a quelques jours, vénéré la sainte et vivifiante Croix du Sauveur. Nous nous sommes prosternés devant le saint Bois et nous avons glorifié la résurrection de notre Maître. Des foules nombreuses de baptisés se sont pressées dans les églises de tous les lieux de la terre pour veiller, célébrer et chanter la Croix de ténèbre et de lumière. Partout, anticipant la Pâque du Seigneur, le peuple de l’Israël renouvelé de Dieu a été envahi par la joie du saint Esprit, l’Esprit de connaissance, l’Esprit de sagesse, l’Esprit de crainte de Dieu, l’Esprit de la connaissance du Père dont l’amour insurpassable s’est montré dans le don du Fils. Celui-ci ne s’est pas seulement offert sur la Croix, sur sa Croix, par amour pour tous.

L’oblation du Fils

Mais Il a été offert par le Père. Le Fils est l’oblation éternelle que fait le Père de lui-même. Car un père qui offre son fils s’offre dans celui qui est issu de ses entrailles. Le Fils unique engendré sourd sans commencement et de façon atemporelle de la source unique du Père, comme en jaillit l’unique Esprit saint. Le Fils et l’Esprit procèdent ensemble, et l’un porté par l’autre, vers le monde des hommes pour, non seulement attester, mais communiquer l’amour du Père. Et la Croix est leur véhicule. C’est pourquoi il est dit que, par la Croix, la joie est venue dans le monde entier. Par la Croix du Fils, la joie du Père s’est communiquée dans l’Esprit. « Saint ! Saint ! Saint ! », chante le Peuple en voyant la Croix – croix du Fils, croix du Père et croix de l’Esprit. Nous avons glorifié la Croix du trois-fois-Saint ; nous y avons posé nos lèvres ; nos mains ont osé la toucher ; notre front l’a effleurée.

Le chemin personnel

Aujourd’hui, le Crucifié, débordant de l’amour paternel et irradiant son Esprit, nous invite à le suivre afin d’avoir part à sa joie, à la chaleur de son amour, à la vie de sa vie, à l’allégresse de sa Mère très pure, de tous ses saints et de l’ensemble des créatures visibles et invisibles. Le suivre, cela veut dire assumer de façon personnelle, à l’échelle de notre toute petite vie, de façon miniature, le mystère gigantesque de la Pâque du Seigneur. Ici est l’œuvre de l’Esprit. Celui-ci ajuste l’infiniment grand à l’infiniment petit. À la pointure de chacun Il adapte l’incalculable économie du Verbe. Chacun de nous est invité par le Seigneur Jésus Christ à prendre, non sa sainte et vivifiante Croix, mais la taille minuscule de notre propre sacrifice de soi par amour pour autrui. Le saint Esprit est Celui par qui le sacrifice du Verbe est mis en œuvre par chacun de ceux qui croient en lui. L’Esprit personnalise en quelque sorte ce que le Fils de Dieu a accompli une fois pour toutes de façon catholique, totale, complète, en plénitude, universelle, pour tous, pour tous les temps et pour tous les lieux. Je prendrai ma croix ; non celle de Jésus : la mienne. Elle n’est peut-être pas bien grande, mais c’est la mienne. Elle n’est peut-être pas bien glorieuse, mais c’est moi qui la porte. Elle m’écrase peut-être souvent, quoique petite et légère, mais elle mesure la faiblesse où le Seigneur accomplit sa puissance, celle de l’Esprit.

La porte du Royaume

Dans ma petite croix, l’Esprit fait son chemin, comme une eau qui a trouvé la faille, comme un feu qui a trouvé la paille, comme la fourmi qui creuse son passage. L’Esprit du Seigneur entre dans ma vie par la croix que me tend Jésus Christ, épreuve de chaque jour, travaux pratiques du message divin, chemin pour suivre le Maître, mes petits pas dans ses grands pas, portant ma croix minuscule à l’ombre de la gigantesque sienne. A qui dit Oui à sa croix, la vénère et la porte sur son corps, le Maître promet qu’il « verra le Royaume de Dieu venir avec puissance ». Ta croix personnelle est la lunette par laquelle tu vois régner le Seigneur dans ta vie. Pour chacun, la croix est la porte personnelle du Royaume. Elle est si lourde, diras-tu ; elle est si douce et si légère, dira l’Esprit par sa grâce à celui qui dit Oui : la grâce rend tout léger.

(Radio Notre-Dame, Lumière de l’Orthodoxie, dimanche 17 septembre 2017)