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5ème dimanche : Marc 10, 32-45

Une royauté sans politique –

La prière « accorde-nous de siéger dans ta gloire », si elle n’a pas de connotation politique, est tout-à-fait légitime. Il y a toujours eu des prétendus chrétiens pour imaginer que la royauté du Christ est terrestre et qu’elle a ses premiers ministres et ses magistrats. Mais toute instrumentalisation de la religion par le pouvoir politique comme toute instrumentalisation de l’État par les chrétiens est à dénoncer. Certains apôtres et disciples étaient dans cette erreur. C’est pourquoi le Christ leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». Mais sainte Marie l’Égyptienne, fêtée ce 5ème dimanche, et tous les martyrs de l’Esprit ou du sang, ont su ce que signifiait cette demande.

Royauté des martyrs

Persécutés par les pensées passionnées ou tourmentés corporellement pour la foi, ils ne se sont pas laissé séparer du Christ. Ils ont bu à la coupe qu’Il avait bue, ils sont passés par le Golgotha du combat spirituel, ils sont des vivants revenus de l’enfer, ils ont connu le baptême d’esprit et de Sang que connut le Dieu Homme sur la Croix. C’est pourquoi le Christ a répondu : « La coupe que Je bois, vous la boirez… », annonçant la condition des disciples les plus proches de lui. Le Synaxaire nous montre cette parole accomplie dans l’Histoire. Pensons aux persécutés et aux martyrs de notre temps, les crucifiés de Syrie, les Coptes égorgés, les martyrs de l’Inde et de tant d’autres pays : ils ont bu à cette coupe et ils ont été baptisés de ce baptême.

La glorification des saints

Nous leur rendons hommage, nous vénérons leurs reliques : les uns et les autres sont glorifiés autour du Christ qui est à la fois un martyr sanglant et un martyr de la conscience.

Toutefois, ce ne sont pas nos éloges, ni même notre mémoire, qui les glorifient. Seul le Père céleste place à sa droite son propre Fils passé de la mort à la vie et tous ceux qui se sont assimilés à lui par la même oblation d’eux-mêmes. La vie de sainte Marie l’Égyptienne est donnée au sein du Carême comme un exemple extrême, certes, mais réel, de ce qu’implique l’obéissance au Christ. Certains cherchent une spiritualité de confort, un Salut sans larmes, un Salut automatique, tablant sur la miséricorde sans ombre de notre Dieu.

L’expérience eucharistique

Pourtant, quand nous nous approchons de la Coupe du Salut, surtout en ce temps de Carême où nous sommes invités à communier plus fréquemment, ayons cette conscience : je communie à la passion, à la mort et à la résurrection de mon Sauveur ; j’ose m’approcher de sa sainte et vivifiante Croix ; j’ose toucher de mes lèvres la coupe où Lui-même a bu ; j’ose y boire le sang versé dans les tourments de la Croix et y consommer sa chair torturée et glorieuse. Le Carême est un temps pour retrouver une authentique conscience eucharistique, pour nous libérer du confort sacramentel, des habitudes et de la banalisation des mystères. Pensons à ce que dit le Sauveur en ce jour, et aspirons légitimement à être glorifiés avec lui dans sa gloire !

(Radio Notre-Dame 2 avril 2017)