Correspondance –
Nous ne pensons pas toujours à faire le lien entre l’épître et l’évangile que nous entendons le dimanche. Ils s’éclairent pourtant l’un l’autre. L’Esprit saint, qui toujours agit dans l’Eglise, inspire également les dispositions du lectionnaire liturgique et la rencontre providentielle des textes. Nous pourrions en faire l’observation chaque dimanche et même dans chaque célébration de la divine Liturgie. En quelque sorte, nous trouvons souvent dans l’épître de l’Apôtre l’application du message de l’évangile qui sera lu ensuite.
Naturel
Nous voyons l’illustration de ce phénomène mystagogique aujourd’hui. L’évangile rapporte un fait historique : le Christ, qui est Dieu et Seigneur, accomplit un double miracle. Il remet les péchés et Il guérit la paralysie. Il rend au corps sa fonction naturelle, qui est d’assurer le mouvement, notamment pour accomplir la volonté du Père ; et Il rend à l’âme sa fonction naturelle, qui est de vivre par l’amour, et de ressembler ainsi à son image divine. Celle ou celui qui aime ressemble à Dieu. Le Verbe divin est venu dans le monde en se faisant homme pour rendre aux hommes l’accès à la vie naturelle et les conduire à la transfiguration en Dieu.
Grâce
Or, précisément, l’apôtre Paul, dans la lettre que nous lisons de lui en ce jour, évoque exactement le résultat de l’action du Seigneur Jésus Christ dans la vie humaine, pour peu que l’on mette sa foi en lui. Relisons ce texte de l’épître aux Romains (12, 6-14), et nous voyons le fruit de l’œuvre divine, de « la grâce qui nous a été donnée », des « charismes divers » qui se manifestent parmi les baptisés : « l’esprit de service » anime les mouvements du corps pour le bien des frères et du prochain : on « distribue avec simplicité », on « préside avec zèle », on « partage avec les saints » ; on s’empresse d’être hospitalier. La tendance naturelle au bien est transfigurée par la grâce divine.
Déliement
Et tous ces bienheureux mouvements d’un corps libéré par le baptême de la paralysie égoïste du péché expriment la vie d’une âme elle-même déliée. Le vocabulaire de l’apôtre décrit une âme qui vit par l’amour divin : « miséricorde », « joie », « amour sans hypocrisie », haine du mal, « attachement au bien », « amour fraternel entre nous », « honorer autrui de la première place », « zèle » et « ferveur dans l’Esprit », consécration de soi au Seigneur, « espérance », « patience dans l’épreuve », « assiduité dans la prière », et surtout, bénédiction des ennemis – toujours bénir !
Liberté
Voilà donc à quelle vie nouvelle – naturelle et transfigurée – le paralytique de ce jour a eu accès grâce à l’action créatrice du Christ. C’est un miracle de pouvoir mener une vie agréable à Dieu et d’y manifester les diverses formes que prend sa grâce. Il s’agit, non de l’accomplissement d’une règle morale, mais du rayonnement de la « liberté » qui caractérise le Christ et qu’Il donne au comportement de ses disciples et à leurs sentiments. La vie avec le Christ, « dans le Christ », comme disent les saints Nicolas Cabasilas et Jean de Kronstadt, est la vie dans la liberté et dans la joie d’aimer comme le Seigneur aime. (a.p. Marc-Antoine)