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L’Église fait-elle de la politique ?

L’Église : qu’est-ce à dire ? –

Quand nous prononçons le nom de l’Église, nous nommons le grand sacrement du Corps du Christ rempli du saint Esprit, l’institution divino humaine et charismatique née de la Pâque du Verbe et de la Descente de l’Esprit. Nous reconnaissons un organisme vivant formé par tous ceux qui confessent la vraie foi, qui sont baptisés, oints de l’Onction royale et participants à la sainte Eucharistie. Les évêques, les prêtres, les diacres et tout le Peuple saint de Dieu forment le corps ecclésial.

Distinction…

Comme telle, l’Église est un peuple consacré à Dieu, un peuple saint et mis à part pour le service et le témoignage de la Parole. Le Christ, Tête de ce Corps et Chef de son propre peuple, est très clair sur cette question : les baptisés ne sont pas « du monde » (Jn 15, 19) ; ils sont appelés à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mat 22, 21). Aucune confusion, aucune compromission n’a la bénédiction du Seigneur. À ce titre, l’Église ne fait pas de politique, elle ne s’identifie à aucun parti de droite et de gauche – notamment en période électorale… Elle ne donne pas d’indication de vote. Elle ne soutient pas un pouvoir ou un autre. Et elle n’attend pas non plus le soutien de tel ou tel pouvoir. Elle ne sacralise pas le pouvoir, et le pouvoir politique n’a pas à justifier son existence. C’est une saine – et sainte – distinction. Historiquement, le maintien de ce discernement a été – et est –  une ascèse permanente et difficile… L’instrumentalisation de l’un par l’autre a pesé et pèse lourd.

…sans séparation

« Rendez à César » veut tout de même dire accomplir ses devoirs de citoyen. Le Christ et son Église enseignent la loyauté politique. Ils enseignent que personne dans ce monde n’a de pouvoir sans la permission de Dieu – y compris quand l’exercice de ce pouvoir constitue une épreuve pour les citoyens et en particulier pour les chrétiens. Rien dans ce monde n’advient sans la volonté ou la permission de Dieu. Aussi l’Église en ses membres s’engage-t-elle à témoigner de l’amour et de la volonté de Dieu en toute circonstance. Le Christ a aimé le monde jusqu’à donner sa vie pour son Salut. Les baptisés sont « dans le monde » (Jn 17, 15), et ils y sont parce qu’ils y sont envoyés pour une mission de témoignage. Le chrétien prend fait et cause pour l’homme, suivant l’exemple du Christ Dieu qui s’est mis du côté de l’homme – s’interposant entre l’homme et l’homme…

La citoyenneté

Les saints payent l’impôt (Mat 22, 17), ils votent, ils élisent et ils sont éligibles. Ils peuvent agir pour la volonté et l’amour de Dieu en étant membre de conseils municipaux, d’assemblées nationales, en exerçant un ministère public. Par leur engagement politique – oui : politique – ils contribuent à la sanctification de la société civile, à la manifestation de la justice et de la miséricorde divine. Les moines eux-mêmes, morts volontairement à ce monde, et soulignant ainsi de façon extrême la distinction Église-société, prient pour le monde et pour le pays, parce que les défunts intercèdent pour les vivants. Quand ils sont revenus de la mort à la vie, en spirituels véritables, ils sont aptes à conseiller et à éclairer tous ceux qui veulent agir dans le monde pour l’amour de Dieu et du prochain.