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L’amour est-il soumis au vent ?

Séparation sans espoir –

Vous vous sentez « comme le dernier des pécheurs ». Vous avez le sentiment de « passer à côté d’une vie de bonheur qui aurait dû être [la vôtre] si [vous étiez] resté en relation avec Dieu ». Votre femme vous « a déjà beaucoup pardonné. Elle est arrivé à ce stade, dites-vous, où l’amour a disparu… à cause de l’accumulation de [vos] trop nombreuses erreurs. Aujourd’hui [vous vivez] seul en voyant les enfants de façon alternée ». Tout espoir de réconciliation, de renouvellement ou de restauration de votre couple semble vain. Et pourtant, dans votre cœur, il germe une douleur spirituelle, le douloureux regret d’avoir gâché le don que le Seigneur vous avait fait du bonheur et de la joie – d’avoir gâché irrémédiablement l’amour.

Le repentir

Cette douleur est celle du repentir. Adam l’éprouva quand il eut perdu le Paradis. À l’est d’Éden, il versait d’abondantes larmes en pensant par quelle folie il s’était lui-même privé de la familiarité de son Créateur et de l’amour de son épouse (cf. « Starets Silouane,  Moine du Mont-Athos, Vie-Doctrine-Écrits », édition Présence, Paris, 1973, p.255). La profonde parabole du Fils prodigue –littéralement  le « débauché » – est l’histoire du repentir, la nostalgie des biens divins dont on s’est privé soi-même. Prenez pour vous ce temps du Fils prodigue, et acceptez la grâce du repentir que le Seigneur veut vous accorder dans sa grande miséricorde! En effet, nul ne peut éprouver la douleur d’avoir perdu le Paradis si l’Esprit saint, le miséricordieux Esprit du Père, ne le lui inspire. Les larmes du repentir sont l’amorce du Salut : elles ouvrent à la réconciliation avec Dieu et avec le prochain – dans votre cas, c’est l’épouse. Le Seigneur veut accorder la grâce du repentir à celui qui a perdu la grâce de l’amour.

En route

Confiez à ceux qui peuvent prier pour vous le prénom de votre épouse et le vôtre : ils prieront pour elle et pour vous afin que vous soit accordée la grâce de la réconciliation et le renouveau de celle du saint mariage : « Seigneur Jésus Christ notre Dieu, pardonne, réconcilie et sauve tes serviteurs les époux Untel et Unetelle ! » Bien sûr que cela dépend également de vous et d’elle : vous laisserez-vous réconcilier l’un avec l’autre et avec votre Seigneur ? Cherchez et trouvez dans votre cœur ce qui reste d’amour pour elle; remémorez-vous les moments miraculeux de votre rencontre; retrouvez-vous à l’heure de votre amour naissant l’un pour l’autre. Priez toujours le Christ qui, à Cana de Galilée, réconcilia Adam et Ève. Votre prêtre vous conduira à dépasser le mur du désamour. Il vous écoutera ; il sera le témoin de votre confession avec repentir ; il lui sera inspiré par l’Esprit une ou deux paroles de consolation, et un projet de vie.

L’amour disparaît-il ?

« L’amour ne disparaît jamais » (1 Co. 13, 8) ! Les passions, non l’amour, sont soumises au vent : convoitise, amour égoïste de soi, désir de jouir égoïstement d’autrui, ou qu’il jouisse de nous, d’une façon ou d’une autre ; passion de posséder, de dominer, d’être le dieu d’autrui… Les passions nous quittent, grâce à Dieu qui ne permet pas qu’elles durent aussi longtemps que la vie. L’enfer ne peut être qu’indéfini ; seul le Seigneur, et le Seigneur Amour, est éternel. Or quand, dans le domaine amoureux (qui n’a souvent d’amour que le nom), nous ne ressentons plus de passion, nous pensons que nous n’aimons plus ou que notre conjoint a cessé de nous aimer.

L’amour triomphant

Autre est le mystère de l’amour, de l’Amour en personne. Le Sauveur et Messie Jésus Christ l’a bien montré. Il est venu dans le monde pour cela : pour révéler l’amour et le donner aux hommes, aux parents, aux enfants, aux amis et aux époux, aux ennemis, en partage. Le mystère de l’amour est qu’il triomphe dans son rejet. Il ne disparaît pas. Il n’est pas anéanti. Comme nous le voyons par la Croix, quand Il est rejeté, méprisé, bafoué et torturé, Il s’efface, Il se fait discret et silencieux, Il accepte d’être crucifié et mis à mort, Il accepte de mourir et de passer par l’enfer. Et, en voulant librement passer par là, Il se révèle comme amour. Tel est la Pâque du Fils de Dieu : c’est la Pâque de l’amour, trahi, jugé, condamné, exécuté, oublié sur la Croix sauf d’une poignée d’hommes. Il est galvaudé, trompé, pris pour ce qu’il n’est pas, banalisé, considéré comme rien du tout par rapport aux grandes et triomphantes passions de ce monde. L’amour est humble devant Dieu et devant les hommes. Il est vainqueur.

Responsable de l’amour

On ne peut ni le détruire ni l’anéantir, car Il est. L’homme n’a le pouvoir ni de faire être ni d’anéantir : il n’est pas créateur. L’amour qui est confié par le saint Esprit, avant le baptême, quand il naît dans le cœur d’un fils d’Adam, dans le baptême, quand il est renouvelé  chez un fils du Nouvel Adam ; dans la sainte chrismation, par la Descente vertigineuse de l’Esprit ; en s’en nourrissant et en s’y abreuvant par la sainte communion, et dans tous les sacrements : dans le couronnement des époux, par excellence, la grâce de l’amour conjugal descend avec l’Esprit sur les fiancés.

La petite flamme

Le don initial, et prophétiquement final, de l’amour, constitue notre tâche. Humains que nous sommes, marqués au sceau de l’image divine, engendrés du Père dans le saint baptême, nous sommes les gardiens et les gardiennes de l’amour. C’est une flamme : qu’as-tu fait de cette flamme ? Il se ranime, ce feu, si tu souffles sur des braises quelquefois refroidies ; il renaît de ses cendres ; il gagne sur la mort parce qu’il est mort par amour. Nous aussi, à notre petit niveau, nous pouvons traverser la Pâque de l’amour, conjugal ou autre. Tel est le programme de notre vie : que toujours l’amour, même vaincu et qui pleure, comme dit le poète, gagne sur le désamour et sur la froideur.