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Le 3ème dimanche après la Pentecôte : Matthieu 6, 22-33

Nos deux divinités –

La parole du Sauveur Jésus aujourd’hui est vraiment étonnante ! « Nul ne peut servir deux maîtres » ! – mais si, bien sûr, qu’on peut servir deux maîtres, c’est ce que nous faisons tout le temps ! Nous avons au moins deux divinités, Dieu et l’argent, et nous les aimons concurremment ; quelquefois nous aimons un peu plus l’un que l’autre, cela dépend des périodes ; mais, dans l’ensemble, religieusement parlant, nous cherchons le beurre et l’argent du beurre, comme l’on dit.

Polythéisme

Nous croyons en Dieu, nous l’aimons même un peu, mais nous comptons vraiment, ou surtout, sur le monde, sur l’argent, sur la position sociale, sur le confort, pour satisfaire nos besoins fondamentaux. Par exemple, tous les jours des chrétiens se font des procès civils sans chercher du tout à résoudre leurs conflits à partir de la volonté de Dieu, explicite pourtant dans sa Parole. La plupart du temps, nous donnons tort à cette parole du Christ, nous lui prouvons qu’on peut très bien aimer l’un sans haïr l’autre. Sauf hypocrisie, cette parole semble irrecevable, et qui d’entre nous – levez la main ! – est décidé à choisir entre les deux divinités de son cœur, à sortir de l’adultère spirituel dans lequel nous vivons ? « Génération adultère », dit le Christ à notre propos (Matt. 12, 39) : oui, bien sûr, ou idolâtre, polythéiste, cananéenne.

La rareté des miracles

C’est peut-être pour cela que les miracles sont si rares : Dieu n’exauce pas ceux qui ont d’autres dieux que lui. Il veut être notre seul Dieu : « Écoute, Israël, tu n’auras pas d’autre dieu que moi ! » (Dt 4, 39). Et celui qui n’a que Dieu pour dieu, gagne une telle confiance en lui, une foi absolue dans l’unique dieu qui est le Seigneur, qu’il n’a plus peur de rien, plus peur de la mort, ne se soucie plus de rien, dépose tous les soucis de ce monde, selon la divine liturgie : il connait une divine et charismatique insouciance ! Sans une telle foi, la parole du Sauveur est vraiment scandaleuse.

Le scandale de la Parole

Elle semble adressée principalement aux riches de ce monde. À un pauvre on n’oserait pas dire : ne te soucie pas du lendemain ! Pensons à la misère qui règne dans certains quartiers des grandes villes riches, dans de si nombreuses régions du globe : le conseil d’insouciance laisse rêveur… On ne peut tout de même pas se moquer des pauvres, et leur dire que tout va bien quand tout va mal pour eux ! Ou alors, avec cynisme, parole de riche à un pauvre : qu’as-tu ? Ne te soucie pas, mon petit ! Va-t-on utiliser l’Évangile pour entretenir de honteuses injustices ?

La vraie richesse

– Il s’agit probablement d’autre chose… La seule richesse, et du riche et du pauvre, n’est-elle pas celle du Royaume ? De ce point de vue, bien des riches ne sont-ils pas pauvres et bien des pauvres riches ? Les Béatitudes sont la charte du Royaume et de ceux, pauvres ou riches selon le monde, qui n’ont que Dieu pour trésor. Le Christ rappelle les vraies valeurs et bouleverse leur ordre habituel. Suivre Jésus, c’est prendre le risque de tout miser sur lui, croire que nous recevrons de lui tout ce qui nous est utile pour cette vie et pour l’autre. L’esprit de pauvreté se définit comme foi que le Seigneur est source unique de tous les biens, matériels et spirituels.

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 25 juin 2017)