L’indignité –
L’évangile que nous venons d’entendre fait écho avec celui de dimanche dernier. Rappelez-vous : il s’agissait de l’indignité des vignerons et de leur ingratitude. Aujourd’hui, il est question de l’indignité des invités ! Les deux paraboles se rapportent au mystère de l’Eglise : en ce début de l’année ecclésiastique, il est opportun de réfléchir à notre façon de participer à la vie sacramentelle. Le Christ, toujours délicat pédagogue, utilise la méthode indirecte, celle de la parabole, pour nous inciter à une prise de conscience.
Invitation
La parabole présente le mystère de l’Eglise de façon festive : il s’y passe un banquet dont les invités sont les baptisés, les fidèles. L’Eglise se définit comme invitation à la fête et comme réponse à l’invitation. Le récit pose la question de la dignité des invités. Souvent, on entend, par rapport à la communion eucharistique, qu’on est « digne » ou « indigne », termes qui ont souvent une connotation morale. Mais les Anciens – par exemple, saint Syméon le nouveau Théologien au XIème siècle – considèrent la dignité par rapport à trois critères.
Dignité
Ce qui rend d’abord une personne digne du banquet eucharistique c’est la confession de la vraie foi. Celle et celui qui sait qui est le Maître du Banquet, qui le reconnaît comme vrai Dieu et vrai Homme, suivant en cela le saint Evangile et toute la tradition apostolique, peut s’approcher la tête haute : il sait qui est l’Invitant et de qui il est lui-même l’hôte. Nous venons nous mettre à la table du Créateur du ciel et de la terre, du Fils unique et Verbe de Dieu. Nous reconnaissons qu’Il est à la fois celui qui offre le banquet sacramentel et celui qui s’y offre lui-même en nourriture et en boisson. Sans cette conscience, nous ne savons même pas ce que nous faisons si nous nous approchons du Corps et du Sang du Christ.
La famille du Père
Le deuxième critère de notre dignité consiste à « faire la volonté du Père » et à se trouver ainsi membre de la famille divino humaine, comme le dit le Seigneur Jésus lui-même. L’accomplissement des commandements nous rend dignes de la sainte Communion, non pour des raisons de conformité morale, mais comme signe explicite de notre affiliation au Corps du Christ, l’Eglise. C’est du bon sens : en faisant ce qui est agréable à quelqu’un que j’aime, est-ce que je ne suis pas en train de me montrer proche de lui, de sa pensée ? Je fais sa volonté parce que je partage sa vision du monde, je me montre en communion de pensée, de volonté et de vie avec lui.
La gratitude
Enfin, la dignité de l’invité, comme l’indique la fin de la parabole, consiste à se revêtir de gratitude, de joie, d’émerveillement, d’enthousiasme et de ferveur. Ces vertus ne sont pas de caractère moral : elles sont de nature charismatique. Ce sont des grâces incréées et divines communiquées par le saint Esprit à celle et celui qui s’y prépare. A l’inverse, le péché le plus grave, comme dans la parabole des Vignerons, est l’ingratitude. Celle-ci « afflige le saint Esprit », c’est-à-dire rend inopérante la communion qu’Il propose ; elle est appelée « ténèbres du dehors ». Sans ces vertus et charismes, nous pouvons « communier sans communier », selon la formule de saint Syméon, « pour notre condamnation », dit saint Paul.
Connaître
Ces vertus, résumées dans la gratitude, sont simultanément des facultés cognitives indispensables. Par elles, nous connaissons celui qui nous invite et qui s’offre à nous en aliment. Nous le connaissons de façon intime, chaleureuse, lumineuse : nous sommes illuminés par l’évidence de sa Personne divine, de son humanité divinisée, de sa sagesse, de sa beauté et de sa bonté. Nous pourrions écrire à la porte de l’église, cette salle du Banquet : « Nul n’entre s’il ne s’émerveille ! »