Dire Oui –
Aujourd’hui, dimanche après l’Exaltation de la sainte et vivifiante Croix, le Christ nous enseigne le sens profond qu’a pour chacun de nous ce mystère. « Prendre sa croix » signifie d’abord choisir librement et par amour pour lui les circonstances de vie qu’Il nous donne. Bien entendu, il est de notre dignité de chercher à améliorer notre condition familiale, professionnelle et citoyenne, ainsi que notre santé, ce don si précieux. Mais, lorsqu’il ne dépend plus de nous de faire les changements que nous souhaitons, « prendre sa croix » veut dire accepter, non pas passivement et en maugréant, mais activement et en glorifiant la volonté de Dieu, ce que nous ne pouvons pas changer.
Dire : Toi !
Dans l’évangile que nous venons d’entendre, le Maître donne lui-même une deuxième interprétation de cette parole. « Prendre sa croix », nous laisse-t-Il entendre, c’est renoncer à soi ; c’est renier cette préférence continuelle que nous avons pour nous-même ; c’est abjurer l’idolâtrie narcissique de soi. Mais nous ne pouvons le faire que pour un plus grand amour ! Il est indispensable que nous ressentions la préférence pour une autre personne que nous-même. La préférence émerveillée pour le Seigneur Jésus et, par lui, pour le Père ; le choix de l’aimer plus que tout nous rend facile de mettre sa volonté avant la nôtre.
Nous faisons cette expérience avec la prière de louange, lorsque nous nous oublions complètement nous-même pour nous enthousiasmer de celui auquel nous adressons un « Toi » plein de ferveur. Et, lorsque nous l’aimons plus que nous-même, et plus que tout, nous recevons la grâce d’aimer ceux qu’Il aime, c’est-à-dire le prochain.
Le Royaume
Le Sauveur suggère lui-même qu’il s’agit là du « Royaume ». L’essentiel de l’enseignement du Messie, comme nous le savons par la lecture du saint Evangile, concerne le Royaume. « Qu’advienne ton Royaume ! », disons-nous au Père dans la seule prière que le Fils nous ait laissée. Le Royaume est l’espace non créé, purement divin, exclusivement charismatique et communiqué par l’Esprit du Père. Le Seigneur y règne sans pouvoir, sans domination, sans contrainte : Il y règne comme amour inconditionnel et absolu. Et nous éprouvons ce mode divin d’exister comme une légèreté, comme une joie intérieure, une hyper sensibilité à la présence, celle du Seigneur lui-même, celle de sa Mère très pure, des saints, des anges ainsi que des défunts.
La gratification
Le Sauveur et Messie le dit dans l’évangile de ce jour : il est possible à l’homme, à « ceux qui sont ici », dans cette vie, dans ce monde – il est possible de « voir le Royaume », de percevoir par une illumination intérieure la Présence invisible du Verbe par le saint Esprit. Ici est le fruit, le couronnement, la jouissance où conduit le renoncement à l’amour narcissique. C’est pourquoi le Seigneur appelle cette expérience « sauver sa vie », c’est-à-dire la promouvoir sur le mode éternel du Royaume qui n’est pas de ce monde et qui s’y rend accessible – vie éternelle en Dieu et avec lui, qui pénètre le temps et l’espace où nous nous trouvons. Il est extraordinairement gratifiant de renoncer à son égocentrisme pour suivre le Maître, parce que l’on devient ainsi citoyen et citoyenne, « sujet » du Royaume du Père et du Fils et du saint Esprit !