L’Immersion –
Au Nom du Père et du Fils et du saint Esprit, nous célébrons aujourd’hui l’après fête de la Théophanie. Nous sommes dans la dynamique du mystère de l’immersion : Dieu s’immerge au sein de l’humanité parce qu’Il se fait homme et se fait chair ; Il s’immerge au milieu du temps parce qu’Il vient dans l’Histoire apporter l’humanité parfaite ; Il se plonge dans la Création qu’Il a produite par sa parole, quand Il choisit d’être baptisé dans le Jourdain ; Il s’immergera dans la mort pour la vivifier de l’intérieur et détruire son pouvoir ; Il s’ensevelira dans la terre et descendra dans les enfers pour faire entrer l’homme dans la vie sans fin à la droite du Père. Immergé de façon atemporelle dans l’Esprit du Père, Il se laisse par lui baptiser dans le désert de ce monde.
Pas de magie
Mais il nous est dit aujourd’hui que cette merveilleuse théophanie de la miséricorde divine ne suffit pas ! Dieu s’est-il fait homme pour rien ? Est-Il descendu en vain dans la grotte du milieu de la terre, au milieu du fleuve de l’Histoire et dans les entrailles infernales ? Est-il inutilement ressuscité ? Sa parole est-elle sans fruit ? Stérile, sa divine énergie ? L’Esprit a-t-Il en vain été donné au monde ? – l’histoire sainte n’est pas une magie… Le Miséricordieux ne veut pas, quoiqu’Il le puisse, sauver de façon unilatérale ; Il ne veut pas, sans le consentement de sa créature, lui donner la vie ; Il le fit lorsqu’Il la créa, puisqu’elle n’existait pas pour consentir ! Mais, pour l’avoir créée à son image et pour sa ressemblance, Il l’a composée de chair et de liberté. Il l’a ornée de la grâce d’une adhésion libre à son projet de vie.
L’état du monde
Effectivement, l’absence de réponse de la part de la créature, si elle ne peut toutefois réduire à rien l’offrande divine, peut en retarder indéfiniment les fruits. L’état du monde, le ravage planétaire le montrent : à fermer ses oreilles à l’appel de l’Esprit, à ne rien écouter de la parole divine, l’humanité se condamne à mort ; à ne tenir compte d’aucun avertissement paternel si clairement exprimé dans l’Évangile, le fils court à la débauche et à l’autodestruction. Dieu ne peut être accusé, condamné et exécuté sur la Croix pour n’avoir rien dit ni rien fait de ce qui pouvait donner la béatitude, l’épanouissement, la vie éternelle et la déification à l’homme. L’état de l’humanité n’est pas « la faute au Bon Dieu » !
L’optimisme
Il nous est dit dans l’évangile de ce jour que tout ce que le Seigneur a dit et a fait pour nous peut fructifier par notre bon vouloir. Le Royaume, cette familiarité extraordinaire avec le Père, est « tout près », à portée de main, à portée de conversion ! Tel est l’appel, le conseil et l’invitation aimante du Sauveur : « Convertissez-vous ! Le Royaume est tout proche ! » Il ne suffit pas que le Créateur soit venu dans le monde ; il ne suffit pas que nous soyons nous-mêmes baptisés ; une appartenance nominale à l’Église ne suffit pas. Ce qui active tout le potentiel du salut est notre réponse dans le saint Esprit.
Sortir du péché
La conversion, ce « retournement » auquel nous invite le Sauveur, consiste dans une activité quotidienne par le saint Esprit pour vivre selon le saint Évangile, pour mettre nos pas dans les pas de Jésus Christ, pour l’imiter, assimiler sa parole et son exemple, nous nourrir et nous abreuver de son humanité déifiée, en un mot : ressembler au Christ ! La dynamique de la ressemblance chez celui et celle qui ont compris le message est ce qui propulse l’opération divine vers sa réalisation. Chaque fois qu’une personne répond à l’appel de sainteté, le monde progresse vers le salut. Chaque fois que je confesse mon péché, chaque fois que je choisis le changement de mes pensées, de mes paroles et de mes actes, je fais avancer l’Histoire. Chaque fois que je me montre digne du nom de chrétien je démontre que le Christ n’est pas ressuscité en vain.
La vraie vie
En ce début d’année, qui coïncide avec le début de la prédication du Sauveur, notre volonté gelée par l’oisiveté, la négligence et l’inintelligence, peut se liquéfier ! Il nous est dit avec enthousiasme que la condition chrétienne n’est pas un état : comme l’eau qui reprend son cours après l’hiver, elle est un devenir et un progrès continuel vers la ressemblance à Dieu. Nos choix, nos décisions, notre réponse libre à l’oeuvre divine rendent celle-ci efficace. L’homme permet à Dieu de le sauver et de sauver le monde déchiré par les passions mortifères.
Que retenir de ce texte ? – Tout dépend de la liberté humaine