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Transmission et hiérarchie : Les saints Pères, notamment

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Un ordre sacré – 

Denys l’Aréopagite (le Pseudo Denys) ont décrit comment la transmission de la révélation et de la foi dans la culte de l’Église et dans l’Église elle-même suit l’ordre hiérarchique. La hiérarchie est un ordre sacré (Hiérarchie Ecclésiastique III, 1), une sorte d’architecture qui assure la circulation descendante et ascendante de la lumière divine. Elle peut être comparée à une magnifique fontaine : l’eau, qui sourd du niveau le plus élevé, ou plutôt, de la source qui transcende ce niveau sublime, s’écoule, de degré en degré, de bassin en bassin, jusqu’au plus grand bassin où elle se trouve recueillie. Mais, miraculeusement, elle remonte, de bassin en bassin, par une participation des créatures à chaque degré de leurs capacités, jusqu’à la source suprême. À la métaphore de l’eau correspond celle de la lumière. « ‘Tout don excellent et tout don parfait vient d’en haut, descendant du Père des Lumières’ (Jac 1, 17). Ajoutons, écrit Denys, que, lorsque, sous l’impulsion du Père, la Lumière sort de soi pour se répandre et pour nous illuminer de ses dons excellents, c’est elle seule qui, à titre de puissance unifiante, nous rétablit dans notre état ancien en nous élevant vers le haut ; c’est elle qui nous convertit à l’Un et à la simplicité déifiante du Père rassembleur, ‘tout vient de lui, tout retourne à lui’ (Rom 11, 36) » ( Hiérarchie Céleste, I, 1).

La fonction des ministères de l’Église :

* comparable à celle de la hiérarchie angélique, elle appartient à un ordre sacré, le corps organique de l’Église auquel l’être humain est intégré par le baptême ; c’est un ordre mystagogique, car sa mission est de faire participer les baptisés à la célébration liturgique et à l’expérience de la prière mystique pour que s’accomplisse la grâce baptismale qui est en eux. Les ministres de l’Église assurent la participation de tous et de chacun à la grâce déifiante ; c’est pourquoi ils jouent un rôle particulier dans la préparation à la sainte communion et, du reste, à chaque sacrement. On ne peut pas dire qu’ils baptisent : ils sont les instruments hiérarchiques du baptême et de la sainte illumination, non parce qu’ils enseignent, mais parce qu’ils président ou accompagnent la célébration des saints mystères par le Christ grand prêtre et chef de toute hiérarchie.

* la pédagogie de l’Église suggère que chaque membre de la hiérarchie, ministres et laïcs plus avancés, fasse participer les autres membres, enfants ou adultes, à la lumière qu’il connait. Tels sont la guidance, l’accompagnement mystagogique et mystique, la paternité ou la maternité spirituelles, manifestés par le conseil, l’écoute fraternelle ou paternelle, ou même par l’enseignement concret, dans le domaine du gestuel ou dans celui de la participation vocale. Le grand mot de la connaissance liturgique et hiérarchique est la participation. Chacun, au degré où il se trouve, invite un plus petit à participer à la lumière qu’il connait et qui vient du Père.

* tout ceci suppose la sainteté et le rayonnement personnels, des ministres, des parents, des parrains, des membres de la communauté et de la communauté elle-même en tant que corps ecclésial et hiérarchique. On ne peut transmettre – cela a été dit – que ce dont on dispose pour l’avoir acquis par expérience. Saint Isaac le dit : n’enseigne que ce que tu as vécu. On ne transmet que la vie qu’on a. Un cadavre, une âme morte, ou la lumière morbide de la connaissance sans Dieu, ne donneront à personne la vie. Il est une pédagogie de l’exemple, exempte de discours, la mimésis dont parle saint Basile le Grand dans ses lettres ou la vie de saint Antoine : « Abba ! il me suffit de te voir ! »

* la hiérarchie angélique (anges et archanges et toutes les puissances incorporelles) et ecclésiastique (évêques, prêtres, diacres et membres du Peuple, hiérarchie à quatre degrés dont parle saint Clément de Rome) use d’une autre hiérarchie, celle des symboles. Les membres de la hiérarchie sont les mystagogues de la composition symbolique et du culte et de l’espace liturgique. Il leur appartient, dans l’initiation liturgique, d’éduquer la fonction symbolique (par le conte, en catéchèse, par la poésie, pourquoi pas ?)

* le sens le plus fort du mot symbole, qui correspond au mystère de l’icône, est la présence réelle et invisible de ce ou celui qui est visiblement ou sensiblement accessible : le symbole hiérarchique est appelé « sacrement » ou « mystère », registre dans lequel on entre par une porte merveilleuse, une de ces douze portes de la Jérusalem céleste – ou bien cette porte de placard poussée providentiellement, un ange guidant la main, dans le roman Narnja. Transmettre, au sens initiatique, c’est souvent pousser la porte du royaume pour que les autres, nos enfants et nous-mêmes, y entrent. Ceci ne se fait pas sans prière, car c’est l’Esprit, et aucun homme, qui initie. C’est Lui le « Trésor des biens », le « Souffle de la Révélation », les ministres ne sont que les instruments purifiés par le repentir.

* Nos enfants et nous apprenons, et nous apprenons aux autres à contempler les symboles. Pensons à l’importance du geste saintement accompli, qui traverse les yeux charnels pour toucher l’œil de l’âme ou « noûs », cet esprit uni au cœur. Ministres, catéchètes, parents et parrains, nos enfants, sachons-le, disposent tous de la faculté contemplative de l’âme. Tous ils sont doués – surdoués – pour la connaissance mystique de Dieu. Un geste bien accompli pénètre les cieux par sa valeur symbolique. Apprenons-nous les uns aux autres à vénérer les symboles : la Croix, l’Évangile, l’Icône, la porte de l’église, les saintes reliques : l’importance du contact corporel est immense puisque Dieu s’est fait chair. Vénérons avec tendresse, mot qui vient du verbe toucher. « Ouvre-nous la porte de la tendresse, Mère toute bénie de Dieu… », dit un de nos tropaires.

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