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Dire son chapelet pendant les offices ?

Le sens de la Liturgie –chapbgrecpt

Quel que soit l’office liturgique, le culte chrétien est une célébration, une action sacerdotale, et une immolation de la Parole. Ce contenu mobilise toutes les forces et toute l’attention dont l’homme, en son esprit et son cœur, est capable. Corporellement, le service liturgique implique une disponibilité, une mobilité ou une immobilité, liées à la vigilance, qui assurent la concentration du cœur et de l’esprit.

Le chapelet

La prière avec le chapelet, prière dite « du cœur », parce qu’elle se prononce dans les profondeurs insondables de l’homme, dans le cœur du cœur, si l’on peut dire, n’a pas de caractère liturgique. Elle n’est pas communautaire ; elle n’est pas rituelle ; elle ne fait pas appel à la voix ou au chant ; on n’y entend pas de lecture. Toute la Parole, le Verbe du Père céleste, est concentrée dans le Nom – celui de Seigneur, celui de Jésus, celui de Fils de Dieu… Si cette prière prononcée dans l’abîme du silence intérieur est adressée à la Mère de Dieu ou à un saint, il en sera de même : c’est la prière du solitaire. La prière liturgique, de ce point de vue, n’est pas le moment de dire son chapelet.

Des habitudes

Certains, pourtant, disent le chapelet pendant les offices. L’origine de cette pratique peut être trouvée, mais pas seulement, dans le fait que les offices sont ressentis comme longs, qu’il peut arriver qu’ils soient prononcés dans une langue étrangère. D’une certaine façon, le temps est alors occupé à une autre activité, comme si la Liturgie ne se suffisait pas à elle-même. Dans le cas des moines, surtout des plus jeunes, on sait qu’ils ont un « canon », une règle de prière, souvent très consistante, à accomplir chaque jour : ils parviennent à suivre ce canon précisément en le faisant pendant la célébration – alors que, normalement, cette règle de prière devrait être accomplie en cellule ! Sans être trop sévère, il y a des pratiques qui révèlent l’indifférence à la Liturgie, voire l’ennui, d’autant que, dans certaines Églises, la communion étant fort rare, la préoccupation eucharistique, la tension vers l’Eucharistie, la démarche eucharistique de toute une vie, s’est affaiblie.

L’oblation intérieure

Ceci étant dit, l’expérience de la prière du cœur, avec ou sans chapelet, enrichit considérablement l’activité liturgique. Il ne faut pas alors la voir comme une activité spirituelle concurrente. Bien au contraire, un cœur creusé profondément pendant des heures par la prononciation avec amour du Nom de Jésus, de celui de la Mère de Dieu ou d’un saint, sera disposé, comme la « bonne terre », dont parle le Seigneur, à écouter la Parole de Dieu, à percevoir la profondeur des prières, à désirer de tout son être communier au Corps très pur et au Sang très précieux. De ce point de vue, la prière du cœur est la meilleure préparation à la prière liturgique : c’est la Liturgie intérieure avant celle qui est publique ; la Liturgie avant la Liturgie ; l’oblation sacerdotale du meilleur de soi-même.

La résonance

En fait, si l’on tient compte de l’alternance du chant dans la célébration – tantôt à l’autel, tantôt au chœur, tantôt dans le Peuple -, l’écoute alternant avec la prononciation de la Parole donne la possibilité, soit de dire la Prière quand c’est pour soi le moment d’écouter, soit même de prononcer intérieurement dans le cœur les prières qu’on entend. Par exemple, quand les chantres entonnent le tropaire de la Résurrection, chaque dimanche, tu vas dire, humblement, silencieusement, dans ton cœur : « Gloire à ta sainte résurrection, Seigneur Jésus, gloire à toi ! » ou même : « Miséricorde pour moi, pécheur ! » C’est en quelque sorte un écho. Chante-t-on l’hymne au saint patron, tu diras dans ton cœur: « saint Untel, prie Dieu pour moi pécheur ! » ou : « pour son monde ! », etc.

Un contrepoint

En quelque sorte, tu doubles intérieurement les paroles prononcées à haute voix, mais seulement quand ce n’est pas à toi d’intervenir, car alors il faudra quitter la prière du cœur pour assurer l’offrande de la Parole. Chacun à ton tour, ainsi, dans une assemblée liturgique, peut assumer la prière du cœur. Une femme, entendant à l’autel prononcer les paroles dites par Dieu à la sainte Cène, répétait dans son cœur, intérieurement, silencieusement : « Prenez, mangez, ceci est mon corps… »

La prière liturgique est magnifique quand elle bénéficie d’une telle résonance, d’une telle profondeur, plus qu’un écho : une réponse intérieure, et une adhésion sincère aux paroles de la Parole. La prière du cœur est alors la dimension immergée des offices. Elle est au milieu de la célébration liturgique, une méditation incessante des paroles prononcées.