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Connaissance de soi

Le non-soi  –

Nous pensons nous connaître. Nous ne nous connaissons pas mieux que ne nous connaît autrui. Dieu, dirons-nous, nous connaît parce que son regard aimant va au-delà de nos qualités et de nos défauts. Il connaît notre personne. Il ne s’arrête pas aux traits qui appartiennent à la nature ou à la culture : personnalité, réflexes innés ou acquis. Et nous, nous ne connaissons de nous-mêmes que ce qui n’est pas nous, des non-mois: habitudes, masques, éducation, culture, goûts, passions, péchés, images de nous-mêmes inversées dans le miroir, photographies mutilantes. Nous ne pouvons avoir, de nous-mêmes, comme d’autrui, comme de Dieu, qu’une connaissance négative. Nous connaissons des attributs de Dieu ou des attributs de nous-mêmes. Comment à répondre à la question : qui suis-je ? ou bien : que suis-je ? Nous pouvons progresser en dépouillant progressivement ce qui n’est pas nous, démarche négative d’épluchage… On arrivera peut-être au centre de cet oignon !

Ne pas se tromper de soi

Nous le savons bien: nous ne nous reconnaissons pas dans telle pensée, telle parole ou tel acte. Ce n’est pas moi. Je ne me reconnais pas. Il y a donc en moi un moi qui dit que ce n’est pas moi! Il y a en moi quelqu’un  qui, par contraste, se dissocie des non-mois. Celui qui dit « je » se connaît ainsi indirectement. Ce sujet profond, ce moi est le vrai : il est recouvert de toutes sortes de faux, les scories de l’existence accumulées depuis l’enfance par nous-mêmes ou par autrui. Pensons au conte de Peau d’Âne. Sous la peau de l’âne, il y a quelqu’un, une vraie personne. Il y a quelqu’un là-dessous.

Le repentir

Le moi profond, la personne, le sujet véritable appelle  au secours sous les décombres de ma vie. « Fils de David, miséricorde ! », crie un personnage de l’Évangile. « Je » n’est donc pas mort. C’est principalement par le repentir que nous régressons vers ce sujet ultime : progression ou régression ? Ce n’est pas une analyse. Nous disons que nous avons tort. Quand nous avouons nos erreurs, nos fautes et nos péchés, c’est comme si nous nous dévêtions pour être nus. Cela consiste à « détester », étymologiquement attester que ceci n’est pas à moi, ou n’est pas moi, en prenant, devant Dieu (« contre toi seul j’ai péché », dit le prophète David, ps.50), autrui à témoin. Je l’ai peut-être pensé, dit ou fait ; j’ai peut-être « attrapé » cette colère ou cette  qualité – cet attribut – mais ne la suis pas. Détester, dénoncer ou renier un non moi constitue le contenu du repentir. Cela peut aller jusqu’à la haine et l’horreur, par lesquelles je veux opérer la dissociation entre cela et moi qui suis autre. « Je » est un autre, disait Rimbaud. Ou : je ne suis pas celui que vous croyez – je ne suis pas celui qu’on croit, ou que je crois…

L’humilité

Se connaitre soi-même est la vraie humilité. On ne connaît Dieu qu’en le dépouillant de tout ce qui n’est pas lui. Lui-même, en se faisant homme, s’est dépouillé (« kénose », dit saint Paul) de tout attribut, afin d’être connu tel qu’Il est, en tant que personne (le mot « hypostase » désigne ce, ou celui qui se tient en-dessous…). Le vrai moi est nu. La connaissance de soi est, en ce sens, une humiliation volontaire. J’avoue tout – tout ce qui n’est pas moi – ; je me déshabille, comme le faisaient les gens à l’entrée du Christ à Jérusalem. L’humilité est la nudité devant Dieu et devant un autrui bienveillant et sans jugement : devant un avocat, non devant un juge. C’est un nouveau baptême. On est baptisé nu. Je ne me connais qu’en me dénudant par le repentir, qu’en détestant toutes ces erreurs dont j’ai honte et horreur, et que je dénonce et déteste pour être enfin qui je suis devant mon Créateur qui sait tout de moi, qui discerne ce qui n’est pas moi, et qui sait, Lui, qui je suis.

> Icône du Prophète David