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Pourquoi la liturgie ?

Non pratiquantsLiturgie Louveciennes

Le caractère indispensable du culte liturgique ne s’impose pas à tous. De nombreux croyants participent très peu à la vie liturgique de leur Église. Certains se disent « non pratiquants » et se contentent de prier personnellement et de mener une vie agréable à Dieu. Certains ne communient jamais, ou très rarement, ne se confessent jamais, n’ont jamais assisté à un office de vêpres, ne connaissent la divine liturgie que par les grandes fêtes…

Motif cosmologique

Les créatures célèbrent le Créateur et le louent par leur seule existence, par les sons, les couleurs et les parfums qu’elles émettent ; par la rationalité qui rayonne de leur organisation et de leur vie. « Louez-le, soleil et lune… animaux sauvages… serpents et oiseaux ailés… » (psaume148). La création toute entière porte le sceau du Verbe et de l’Esprit divins. Le Créateur Lui-même, contemplant les créatures dit : cela beau et bon ! (Genèse). Il se reconnaît dans l’œuvre de sa volonté et de sa sagesse. C’est un des fondements de ce qui a été appelé la « liturgie cosmique » : le cosmos célèbre, loue ou gémit (Romains 8, 22). La première humanité (Genèse 4) invoque le Nom de Dieu.

Motif de l’Incarnation

Le Christ, Pontife suprême, assume toute l’expérience humaine du culte. Il a appris à ses disciples à célébrer : « faites ceci en mémoire de moi ». Son Corps, l’Église, prolongement de toute la tradition abrahamique, est une communauté de célébrants, par le fait même de la triple initiation chrétienne : baptême, chrismation et communion. Sous la tête du Christ grand Prêtre, ses membres sont des liturges ; célébrer, supplier, intercéder, leur est naturel. Sur toute la terre, l’Église se constitue comme réponse à l’appel à célébrer : « Venez, célébrons avec joie le Seigneur ! » (psaume 94). Elle offre, non seulement des hymnes, des chants, mais principalement le « sacrifice non sanglant », celui au sein duquel Dieu Lui-même donne sa vie pour le salut du monde. En fait, toutes les traditions religieuse doivent pouvoir trouver le sceau de leur universalité dans ce culte selon le Verbe et selon l’Esprit, instauré et transmis par le Christ et ses disciples.

Motif anthropologique

En l’être humain, le sceau de l’image divine est, non pas individuel, mais trinitaire et donc communautaire. Il est cohérent avec cette image de se réunir pour célébrer ensemble, con célébrer. Nous célébrons parce que ce que nous sommes des hommes, capables d’avoir la conscience qu’il existe un Seigneur et que nous pouvons lui rendre hommage ou le supplier. Il y a en nous, dès la création, les arrhes de l’Esprit, par le « souffle » initial de Dieu dans la face d’Adam. Cette affinité avec Dieu (saint Grégoire de Nysse) fait de toute prière, personnelle et liturgique, une activité naturelle. Par le saint baptême, nous avons été affiliés au Père (Prologue de Saint-Jean). C’est comme fils et filles de Dieu que nous accomplissons le service liturgique.

Motif ecclésiologique

La « liturgie » réalise donc l’Église,  l’Israël de Dieu dans toute sa continuité historique, et la liturgie chrétienne s’est constitués avec l’apport du culte synagogal et de celui du Temple. Ecclésiale, la liturgie l’est par le fait que nous sommes membres du sacerdoce baptismal institué par le Seigneur, qui nous a intégré à son propre sacerdoce (saint Paul, Actes des apôtres), dans la continuité du sacerdoce originel (Genèse) et lévitique. La liturgie manifeste tout simplement le mystère de l’Église, d’autant qu’elle est accomplie dans l’obéissance au Christ. Nous faisons ce qu’Il nous a dit de faire. Le Notre-Père, qu’Il nous a donné, est déjà une prière « liturgique », parce qu’il emploie le pronom « nous ».

Motif pédagogique

La structure des actes liturgiques tend à transmettre la Parole : le chant alterné, le chant responsorial, le chant qui porte les mots, tout cela aide à la mémorisation et à l’assimilation de la parole de Dieu, suivant la parabole du Semeur. Le culte chrétien a une structure mnémotechnique. Nous célébrons pour apprendre, pour intégrer dans notre être profond la sagesse du Christ Dieu.

Motif existentiel

L’enfant qui souffre ou qui a peur se rapproche de sa mère. Dans l’épreuve nous nous approchons de Dieu pour trouver sa protection, et nous le faisons de façon familiale et communautaire. Une mère cherche qui pourra sauver son enfant, et nous nous tournons vers Dieu comme Sauveur pour le supplier en faveur de ceux qui souffrent, et de nous-mêmes. Nous le supplions également de nous pardonner, si nous nous sommes éloignés de sa volonté. L’être humain crie de terreur devant la souffrance et devant la mort : la liturgie porte et transfigure le cri de l’homme, notamment  dans les psaumes : « Seigneur, je crie vers toi, exauce –moi ! » Les formes supplicatives de la liturgie sont évidentes et elles donnent à l’être humain la possibilité de sortir de la solitude et de l’isolement pour présenter à Dieu ses demandes les plus urgentes en tant que membre de son peuple. La brebis perdue appartient à un bercail : dès qu’elle le peut, elle le rejoint pour trouver protection contre l’ennemi de sa vie.