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L’enfant et l’État

L’Antiquité

L’enfant, le garçon plus précisément, par des cérémonies spéciales, devenaient membre de la Cité grecque ou de la République. Il devenait citoyen. Dans le judaïsme, le même était intégré (et est toujours) au Peuple de Dieu par la circoncision. Suivant les traditions religieuses, partout la communauté est plus large que la famille, et celle-ci trouve son sens comme cellule de celle-là. Il n’y a pas de conflit entre les deux, parce qu’il n’y a pas de distinction entre communauté religieuse et société civile. La communauté chrétienne, à partir de l’ère constantinienne, a vécu en harmonie avec l’Empire romain dans lequel elle s’est développée. Le baptême des garçons comme des filles, dépassant ainsi les « genres », agrégeait la personne aussi bien à l’Église qu’à la société civile considérée comme elle-même chrétienne.

L’époque moderne

À partir de la Renaissance est apparue la distinction entre l’Église et la société – malgré le sacre des rois. Les Réformés cessèrent de se reconnaître dans une Église elle-même confondue, ou du moins en symbiose, avec ce qu’on peut commencer à appeler un État. Aussi les guerres de religion furent-elles cruelles : elles impliquaient la relation entre les chrétiens et la Société. Dans le même temps le mouvement humaniste entreprit la sécularisation de cette société. Les Encyclopédistes du 18ème siècle proposent un modèle d’existence, sinon athée, du moins déiste : la vie individuelle qui était celle du « sujet » royal, ou du « fidèle », devient celle de l’individu disposant de lui-même, le « citoyen » ; à la Révolution, le conflit éclate, et une société civile sans Dieu émerge par la désacralisation du pouvoir dont le régicide est le symbole. Ensuite, des institutions tendront à supplanter progressivement l’institution religieuse : dans le soin des pauvres et des malades, dans l’École, dans l’état civil, le mariage – jusqu’à la production d’un « baptême républicain ». L’idée que « l’enfant appartient, non à la famille, mais à l’État », n’est pas nouvelle.

L’Église

Selon la foi chrétienne, l’enfant n’appartient pas non plus à la famille. Créé par Dieu dans la conception-même, accueilli par les époux, il est, suivant un rite d’origine juive (cf. la présentation au temple de la Mère de Dieu et du Christ lui-même), offert à Dieu. Ceux qui l’ont conçu reconnaissent ainsi que leur enfant est l’enfant de Dieu. Or, comme dans l’histoire du sacrifice d’Abraham, et comme le montre le rite du rachat (Présentation du Christ au Temple), Dieu honore la foi de ceux qui lui offrent celui qu’ils ont engendré, et Il le leur rend. Le rite chrétien de la présentation de l’enfant à l’église le 40ème jour le montre. Les géniteurs, consacrés déjà par le mariage, accèdent alors au statut de parents, ceux à qui le Père confie un enfant qui lui appartient.

Le baptême lui-même aura ensuite, entre autres sens, celui d’une consécration religieuse de l’enfant : dans la procession autour de l’Évangile et du baptistère, non les parents biologiques, mais les parrains – parents selon la foi – portent l’enfant. Celui-ci, et donc tout chrétien, appartient à Dieu. Par la chrismation, il devient à son tour temple du saint Esprit ; par la communion eucharistique, il accède à l’égalité des fils de Dieu. Il n’appartient pas à l’État ; mais il est envoyé par le Christ dans la société civile, ou « monde », pour y rayonner avec fécondité la vérité et les valeurs divines que porte l’Évangile dans l’Église.