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Chrétiens et Gilets jaunes

La citoyenneté du Christ –

La crise sociale qui se prolonge dans notre pays est une crise européenne, parce qu’elle remet profondément en question l’organisation même du système économique dans lequel nous vivons. Chrétiens, nous sommes citoyens. La citoyenneté est notre fierté. Dans les périodes d’épreuve, l’Esprit saint suscite dans notre conscience de baptisés un sentiment de responsabilité dont le Christ notre Maître a donné l’exemple. Le Sauveur est, non seulement le Dieu parfait, mais l’Homme universel et parfait. En tant que tel, Il est présent dans le monde et dans la société, de façon invisible en tant que Personne divine, et de façon tout à fait visible par ses membres que sont les baptisés. C’est pourquoi ceux-ci prennent à cœur la souffrance de leur peuple.

Le sens de l’actualité

Dans l’évangile que nous avons entendu le 1er janvier, le Verbe, parlant dans la synagogue de Nazareth, prononce ces paroles du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, car Il m’a consacré par l’onction, Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles la vue, proclamer une année de grâce du Seigneur » Et ensuite, Il dit devant tout le monde : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre s’accomplit ! » Cet « aujourd’hui », dont nous retrouvons l’écho dans la grande prière de consécration des eaux le 6 janvier, donne toute sa valeur à l’actualité, la douloureuse actualité au gilet jaune.

L’Esprit et la mission citoyenne

La place des chrétiens dans la société civile est celle de l’Homme total qu’est Jésus Christ. Sur le citoyen chrétien repose l’Esprit ; le citoyen baptisé est « consacré par l’onction ». Au titre de cette consécration par l’Esprit du Père – le Consolateur envoyé par le Père et dont le Fils est, non seulement survolé, mais empli – le citoyen baptisé est « envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris », annoncer la délivrance et le renouvellement du temps par la grâce divine. Il est envoyé, d’une façon toujours personnelle et infiniment variée, œuvrer pour manifester dans la société civile et dans la Création tout entière, la justice miséricordieuse du Père. La souffrance exprimée par les Gilets jaunes dans les terribles manifestations dont nos grandes villes sont le théâtre suscite la compassion des membres de l’Homme universel le Christ, à qui rien de ce qui est humain n’est étranger.

Défendre l’homme

Le citoyen chrétien est celui qui plaide pour l’humanité de l’homme, parce que c’est exactement ce que fait son Maître Jésus Christ. La conscience politique, chez nous, est la conscience du Christ, « l’esprit du Christ », dit saint Paul. Comme l’ont fait les grands prophètes, et comme le fait le Messie lui-même, le baptisé dénonce l’injustice, sans dénoncer les personnes ou les individus : il la dénonce comme une violence faite à l’homme par l’homme. Et l’Esprit saint veut lui donner la compréhension compatissante des situations d’incompréhension et de conflit ; Il veut lui donner le sens de la responsabilité devant des plaintes justifiées, la faim et la soif de justice qui crie par la bouche des manifestants aux gilets jaunes. Il lui inspire de renoncer à l’égoïsme mortifère qui fait que tu ne sais même plus ce qu’est un pauvre…

Réinventer la société et son système

Il n’est pas facile de donner à tous l’information la plus exacte. Le chrétien cherche à connaître à quel endroit exactement l’homme a mal. Et il cherche également à cultiver une pensée politique prophétique, une réflexion sur l’économie et sur l’écologie qui soit inspirée par la sagesse divine. Le moment est venu – une fois de plus dans l’Histoire – de réinventer la société en fonction de la volonté divine : « que ton règne arrive ! Que ta volonté soit faite sur la terre comme ciel ! » Telle est la norme du bonheur social, parfaitement exprimée dans le saint Évangile, la Torah du monde nouveau : les réponses s’y trouvent aux questions politiques et économiques que provoquent nos Gilets jaunes… Pour cela, notre prière s’élève vers Dieu : mais la prière inspire la pensée juste et l’action juste des « artisans de paix » et de ceux qui ont « faim et soif de justice », dont parle précisément le Seigneur. Qui renouvellera, et par quelle réflexion politique en profondeur, et sans se contenter d’un « replâtrage », comme on dit – qui, par la puissance de l’Esprit, proposera une version nouvelle de la société, à partir des principes évangéliques ?