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Éprouvette et saint baptême

Unanimité chrétienne ? –

Tous les chrétiens devraient pouvoir adopter une position commune devant les grands défis de notre époque. La réflexion est déjà avancée par les penseurs chrétiens des diverses communautés, notamment dans l’Église orthodoxe, qui développe, sur la base de la tradition apostolique et patristique, une profonde anthropologie (cf. les écrits du prêtre Jean Boboc ou du professeur Jean-Claude Larchet).

Le seul Auteur de la vie

En première analyse, redisons que Dieu demeure le seul auteur de la vie; mais Il propose ou permet celle-ci par toutes sortes de moyens, y compris, de façon paradoxale, ceux qui semblent contraires à sa volonté! Voyez comme germent et poussent certaines plantes en faisant éclater le béton! Dieu seul crée la vie (cf. Ps. 138, 13): les hommes en disposent ensuite, pour le bien ou pour un moindre bien, mais ils ne la produisent pas, ils ne sont pas les auteurs de la vie: Ils “biologisent”, ils ne vivifient pas. “C’est l’Esprit qui vivifie”, dit le Seigneur (Jean 6, 63). Les chercheurs ne produisent pas la semence ou l’ovule; ils en disposent.

La responsabilité humaine

Même si l’on produit un nouvel être à partir de certaines cellules, on ne crée pas ces cellules: on part toujours d’un donné initial que l’on n’a pas humainement produit. La créature ne crée pas. Les hommes respectent la vie, ils la gèrent, ou bien, dans leur folie, ils jouent avec elle, sans aucun respect, comme si elle était à leur disposition. Dieu seul est le Maître de la vie et de la mort. Et Il confie la vie aux hommes afin qu’ils exercent par rapport à elle leur responsabilité. Les enfants conçus et élevés artificiellement ne sont pas des bébés robots. Ils sont des existences personnelles.

Les voies paradoxales de la vie

Dans les généalogies du Christ, il y a toutes sortes de personnes, dont le chemin est pour le moins varié: pensons à Rahab, la prostituée! Certaines manipulations biologiques peuvent être assimilées au viol, à l’adultère ou au meurtre. L’histoire biblique elle-même est pleine d’exemples surprenants. Pourtant, de grands saints, de grands prophètes, de grands serviteurs ou servantes de Dieu et de son peuple sont advenus, et le Seigneur Jésus s’est fait chair et s’est fait homme dans cette humanité compliquée. Des enfants naissent de la prostitution, ou du viol: le péché, sous une forme ou sous une autre, n’a pas empêché, et n’empêche pas qu’adviennent des personnes humaines réelles, dont l’existence est voulue ou permise par Dieu, en tout cas bénie par lui.

Supplanter Dieu

Il est vrai que la conscience chrétienne n’approuve ni la prostitution, ni le viol, ni l’avortement, ni les manipulations génétiques et physiologiques qui tendent à traiter l’être humain comme un objet ou une machine, et à l’instrumentaliser: par les recherches de certains apprentis sorciers, l’homme s’érige en dieu sans Dieu. Il est toujours possible que l’humanité soit livrée aux délires d’un fou – ou de plusieurs déments qui auront le pouvoir. L’idéologie transhumaniste, jouant à Dieu, promet déjà santé, longévité et pouvoir (cf. Jean Boboc, « Le transhumanisme décrypté », APOPSIX, Paris, 2017) . Dès l’origine, Lucifer voulut supplanter le Créateur.

L’embryon est une personne

Nous savons déjà que de vraies personnes humaines sont arrivées à l’existence par les moyens scabreux utilisés de nos jours, et qui ne constituent probablement qu’un début dans ce que l’homme prétend faire de l’homme et à l’homme! La question pour nous est celle-ci: une fois grandies, ces personnes ont-elles, ou auront-elles, la capacité de se poser la question de Dieu? Auront-elles la liberté de le rencontrer comme le font ceux qui ont été conçus de façon classique? Auront-elles la possibilité de demander le saint baptême? L’Église ne fermera pas la porte à une vraie personne humaine sous prétexte qu’elle a été conçue par insémination artificielle ou en éprouvette, ou portée dans un utérus artificiel.

Le saint baptême

La question est seulement: aurons-nous – avons-nous déjà – une personne digne de ce nom devant nous, évêques et prêtres, à qui la mission d’instruire et de baptiser a été confiée par le Christ (Matt 28, 19)? Nous savons que c’est par le baptême et par la vie dans l’Église que la personne a la possibilité de croître jusqu’au stade personnel (hypostatique) réel. Quel sera, dans les années qui viennent, le statut, non pas juridique, mais ontologique et spirituel, de la personne humaine? Telle est pour nous, héritiers de la civilisation biblique magnifiée par le Christ, la question la plus intéressante.

N’ayons pas peur

Il n’est pas douteux qu’adviendront à l’existence des saints, des justes, des penseurs, de grands spirituels qui sauront peut-être, mieux que nous, faire face aux surprenantes et paradoxales entreprises des hommes. Il est vrai que le Diable s’en mêle, qui toujours cherche à confisquer l’œuvre de Dieu, à s’approprier le pouvoir, les voies de la connaissance et celles du plaisir: c’est une vieille histoire! Nous devons nous former, spirituellement et théologiquement, dans l’unité de la Foi, pour être dignes de l’épreuve permise par Dieu et ne pas, comme Adam, nous laisser tromper. Sachons également que la peur est mauvaise conseillère. C’est un péché, qui anesthésie la conscience et la créativité.

La vigilance au service de l’homme

Entretenons une extrême vigilance au service de l’homme, pour nous interposer entre l’homme et l’homme quand il le faut, ce que font déjà les chrétiens dans le domaine par exemple de la lutte contre la torture et la peine de mort, et contre l’injustice sociale. Croyons également, et espérons de toute la force de notre esprit, que le Seigneur nous enverra, par les voies qu’Il est le seul à connaître, et qui restent énigmatiques pour les plus grands savants, de grands serviteurs de sa gloire: “Il surviendra un homme au cœur profond et Dieu sera exalté”, dit le prophète David en son psaume (63, 8).