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La prière comme exercice

Formes de la prière –

Nous pensons à la prière comme demande et comme reconnaissance ; comme supplication et comme louange ; comme intercession et comme glorification ; comme oblation et comme contemplation ; comme consécration de soi et comme illumination de soi par l’Esprit ; comme deuil pour nos péchés et comme exultation pour la miséricorde ; comme expression de notre amour pour le Christ et comme jouissance de son amour pour nous, qui n’est autre que l’amour du Père communiqué par son Esprit et ses énergies incréées. Nous pensons à la prière comme conversation avec Dieu et dialogue avec le Père dans le Fils ; comme méditation et rencontre au centre de nous-mêmes avec le Verbe incarné ; comme prononciation continuelle du Nom et comme écoute incessante de la parole que nous adresse le Père par son Verbe dans l’Esprit.

La prière-ascèse

La prière est, en même temps que tout cela, ascèse, c’est-à-dire exercice, entraînement et travail sur nous-mêmes. Le péché, c’est-à-dire l’éloignement à l’égard de Dieu ou même la rupture de communion avec lui ; la diminution du bien, l’affaiblissement de la vie, l’obscurcissement ou même l’opacification de la conscience ; l’ignorance de la volonté de Dieu ; l’auto privation du bonheur – le péché, donc, produit une déformation de la conscience. Les passions de la part psychique de notre âme montrent des habitudes et des réflexes qui, loin d’être naturels, sont des acquis pénibles d’une vie passée dans l’ignorance de la voie du bonheur et du Salut. Notre âme, ou homme intérieur, notre cœur conscient lui-même, adoptent une nature surajoutée, construite par une éducation plus ou moins adroite et l’expérience plus ou moins heureuse de la vie. L’état de péché est, peut-on dire, un « non-moi » – quoique je le prenne pour moi et que, bien souvent, je m’y tienne.

Retrouver la forme

Pour cette raison, la prière consiste en bonne partie à rendre sa forme naturelle à l’homme intérieur. Elle est une rééducation, une kinésithérapie intérieure, qui permet de retrouver l’usage naturel et agréable de nos fonctions de connaissance et de comportement. Pensons à ces linges qui, dans une armoire ou un tiroir, ont été mal rangés : ils portent des plis quelquefois difficiles à effacer, même par un long repassage. Il en est de même de l’âme, quand elle a pris le pli de la tristesse, de la colère, de l’envie, du jugement d’autrui : quand le mauvais amour de soi lui a donné, par l’habitude, une forme qui lui est contraire, quoiqu’elle l’adopte pour sienne. Saint Silouane dit que le péché est une mauvaise habitude.

La bonne habitude évangélique

On n’acquiert pas de bonnes habitudes en faisant seulement des efforts extérieurs. Ceci est même inutile, puisque les comportements qu’on voudrait adopter sont en contradiction avec notre état intérieur. Nous prenons par exemple la résolution de ne plus juger autrui, afin de suivre l’enseignement de notre Maître le Christ : mais, à l’intérieur, les habitudes sont prises de juger et d’exterminer s’il est possible autrui ! En revanche, si nous donnons à notre âme un pli nouveau, nos actes en découleront sans effort. Le caractère ascétique de la prière consiste donc à guérir les blessures intérieures, à redresser les membres de notre homme intérieur. Ainsi, en rendant grâce systématiquement pour le bonheur d’autrui dont nous étions jaloux, nous imprimerons progressivement à notre âme la joie de le voir heureux. En bénissant nos ennemis, nous acquerrons la liberté de les aimer et même de préférer leur bonheur au nôtre !

L’entraînement continuel

Par la prière nous nous entraînons continuellement à des dispositions qui suivent les suggestions de notre Maître telles que nous les écoutons dans son saint Évangile. C’est pourquoi la prière fréquente et quotidienne est indispensable. Nous ne prions pas seulement pour obtenir du Seigneur un bien ou pour l’en remercier. Nous prions pour nous exercer à la façon d’être, au mode de fonctionnement divino humain qu’Il nous enseigne par sa parole et par son exemple. Celui qui apprend à jouer d’un instrument travaille tous les jours, souvent plusieurs heures, jusqu’à en jouer de façon agréable et naturelle. La vie en Christ, et la vie du Christ en nous, correspondent au mode naturel de l’existence, celui qui est cohérent avec l’image du Christ Verbe imprimée en nous ; celui nous conduit à lui ressembler en tout et à jouir avec lui de l’amour ineffable de notre Père céleste. Et nous travaillons sans cesse à en acquérir le naturel et l’aisance, sur le modèle des saints.

(a.p. M.-A.) – 12/09/21

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