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Une grande joie…

« Qu’y a-t-il de plus banal ? J’ai dans mes bras le petit corps vibrant de vie de ma petite fille, qui quelques heures plus tôt vient de s’extraire du ventre de sa mère. Qu’y a-t-il de plus extraordinaire ?

J’ai beau savoir comme tout cela se fait, m’être préparé à sa naissance, avoir ainsi porté mes propres enfants devenus aujourd’hui parents, j’en reste éberlué. Que ce soit si banal. Que ce soit si extraordinaire.

Que les milliards d’humains apparus sur la terre, milliards de femmes, milliards d’enfants, que ces milliards de premiers cris et de lèvres cherchent le sein qui les rassurera, n’aient en rien entamé l’enrichissement, la reconnaissance, le désir de chanter, de danser : un enfant nous est né !

Banalement communs, intensément unique : tous les actes qui fondent la vie humaine sont à cette aune. Naître. Aimer. Mourir. N’est-ce pas cela qui fait ‘la merveille que je suis’ dont il est question au psaume 138 (139) ?

On a parlé de la ‘banalité du mal’. Mais la banalité du merveilleux ! La banalité de l’enthousiasme qui nous saisit devant l’enfant à peine paru et qui s’éveille dans nos bras.

En travaillant avec des personnes en grande détresse, j’ai perçu à quel point leurs enfants étaient leur force et leur dignité.

[…] Dans l’enfant nous-né se laissent contempler tous les possibles du monde, toutes ses promesses. Quel ébranlement pour l’adulte, d’en trouver l’écho toujours balbutiant au plus profond de soi.

Notre faute, c’est de ne pas être fidèle à l’enfance de l’enfant. De bien vite éteindre ces émotions à l’urgence des jours. ‘Celui qui n’est pas comme l’un de ces petits enfants n’entrera pas dans le Royaume des Cieux’.

[…] Pour peu que nous y prêtions attention, son souffle pas encore bien assuré nous interpelle : Et toi, que dis-tu de la vie ? Quelle attente en as-tu ? Y crois-tu ? À quoi es-tu prêt pour que ce soit véritablement la vie et que ce monde lui fasse place ?

Face à une telle sommation, on comprend que Dieu lui-même n’ait pu faire autrement que de venir rappeler ce qu’Il est dans la fragilité déconcertante de l’Enfant qui vient de naître […]

À cet instant éblouissant de la naissance, ils nous devancent. Chaque enfant est prophète à l’aube de sa vie. Il nous attend, il nous appelle, il nous oblige. Chaque enfant qui s’abandonne à notre confiance nous invite à renouer avec l’appel des commencements.

Oui : l’Enfant nous est né. On l’appelle Dieu Fort, Dieu Éternel, Prince de la paix, et son Règne n’aura pas de fin. » (P. Guy Leroy, Saint-Michel-Thubeuf)