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Une bonne année !

2015Après l’horrible assassinat du 7 janvier, il paraît étrange ou déplacé de formuler des voeux de „bonne année”. Mais parlons juif, parlons chrétien: Dieu bénit. Le Créateur voit sa créature en bien, en bon et en beau (Gen. 1). A Noël, les anges appellent à manifester parmi les hommes la „bienveillance” divine, ou disposition permanente de la Divinité à se reconnaître dans ses créatures. Le même mot intraduisible – „eudokia” – est le mot clé du saint Baptême de Jésus Christ: l’Homme absolu, synthèse de toute l’humanité, est celui en qui le Père se reconnaît. La création et l’homme sont donnés par Dieu. Le temps, l’année et son renouvellement nous viennent de Lui. L’Église, le 1er janvier, prie pour le pardon des péchés commis l’an passé et pour que le Seigneur „bénisse le début et le cours de cette année dans la grâce de son amour pour les hommes”. De Dieu nous viennent tout bien et toute grâce. Nous recevons de sa main une année bénie, un temps béni: l’eau consacrée le 6 janvier est le sacrement du temps purifié et renouvelé par l’immersion du Seigneur en lui; et l’on plonge la Croix dans l’eau des fleuves et de la mer pour que la création entière, espace et temps, soit lavée et sanctifiée. „Bénis le cours de cette année!”, demande la grande prière de saint Basile. C’est une demande, c’est une affirmation: tout nous est donné et Dieu se réfléchit dans sa créature; Il s’immerge en elle; Il l’habite au point qu’est à lui qu’est fait ce qui est fait au plus petit d’entre les hommes (Mat. 25, 40). Et, parce que le monde est bon et que l’année est bonne, les croyants invoquent la divine „bienveillance” sur les assassinés de l’an passé et de cette année, sur leur famille, et même sur leurs meurtriers – ainsi que sur les innombrables petits enfants massacrés avant que de naître…  

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Les croyants ne désarment pas. Devant la cruauté ou la stupidité, devant le péché, et leur propre péché, devant l’apparente victoire du mal, ils affirment que le monde et l’homme sont bons et que le Seigneur se reconnaît en eux. Et, pour recevoir le don de Dieu et le gérer, les croyants s’engagent à faire la volonté de Dieu: ce que nous demandons à Dieu c’est souvent à nous de le réaliser; Dieu nous exauce par l’intermédiaire de notre propre volonté de lui obéir. À nous de manifester parmi les hommes la bénédiction du Saint Béni soit son Nom! Une „bonne année” est celle où les croyants ont été, et vont être, les témoins de l’amour de Dieu dans lequel ils se reconnaissent; elle est le temps et l’espace dans lesquels ils le glorifient par leur vie, où ils oeuvrent pour la paix, „non comme la donne le monde”, mais comme Lui-même la donne (Jean 14, 27). Les croyants se sentent responsables du don de Dieu. La paix, qui glorifie Dieu et manifeste qu’Il trouve beaux et bons le monde et l’homme, naît de la guerre que l’on se fait à soi-même, au désir de posséder et à celui d’avoir raison. „Si l’on s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, selon le patriarche Athénagoras, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps tout neuf où tout est possible”.

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Ce n’est pas  être optimiste: comment l’être devant les cadavres ensanglantés? C’est de la foi. Ce ne sont pas des voeux pieux confiés au hasard ou à l’arbitraire d’un destin aveugle. C’est l’acquisition de la vision divine sur le monde: les chrétiens sont appelés à regarder le monde comme le Dieu-Homme le voit du haut de la Croix; à le regarder dans la perspective de la Croix; à voir la Croix immergée dans les eaux du monde. Dieu voit sa propre sagesse et sa propre bonté dans son monde et dans l’homme: Il les voit crucifiées et triomphantes. La foi des croyants est que Dieu a fait triompher en sa propre Personne la vie éternelle sur la mort passagère, l’absence de passion sur les douleurs de cette vie. Les ignobles assassinats et la décapitation des enfants, les innombrables exactions, comme un grand vendredi saint, pointent vers la Pâques de l’humanité entière dans le Christ.

(Chronique, Radio-Notre-Dame/Lumière de l’Orthodoxie, dimanche 11 janvier 2015)