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Témoignage : une incroyante en pèlerinage…

Le pèlerinage de février dernier en Terre sainte a réuni des membres de la paroisse Saint-Germain-et-saint-Cloud ainsi que des amis non orthodoxes et même non croyants.Voici le courrier de l’une de ceux-ci. –

“Me voilà replongée entièrement dans la vie quotidienne, ce qui nous fait déjà deux semaines depuis notre retour et mon mail n’arrive que maintenant.

Juste avant le départ, je me suis vraiment demandé pourquoi je participais à ce voyage. L’avion  n’est pas mon moyen de transport préféré, l’instabilité dans les régions de la Palestine, et la religion… tout cela devenait angoissant. Il faut savoir que je suis une grande sceptique qui refuse d’être naïve, additionnée d‘une méfiance de l’Homme, en sa nature, je ne peux donc pas croire en Dieu, car tout ce qui s’est passé [dans l’Ecriture] a été raconté et conservé par des hommes, à une toute autre époque que la nôtre. Comme l’a dit saint Thomas: “je ne crois que ce que je vois”.

Les premiers jours du pèlerinage ont été assez difficile au sens où je suis vraiment étrangère à la foi. Je ne pouvais ni vous comprendre ni me mettre à votre place à tous. Voir des personnes complètement bouleversées à l’idée de ce voyage et déjà en pleurs à l’aéroport CDG, cela était complètement fou pour moi. Puis cela a continué lors de nos premiers pas à Bétlhéem, au lieu de la Visitation. M. me demandait: “tu te rends compte de là où nous sommes?”, toute émerveillée, moi je restais de marbre car, non, vraiment, je ne pouvais comprendre. J’ai réalisé que pour vous tout ce qui est écrit est vrai, a été vécu. Une fois cela compris et intégré, j’ai pu vivre le reste du séjour autrement. Au delà de ce que je peux croire ou non, il y a tout ce que vous, vous croyez et comment vous le vivez. J’ai pu croiser des gens de tous horizons, de tous pays, et avec tous types de comportement.

J’ai découvert de nombreuses personnes extraordinaires, sincèrement aimantes et prévenantes. J’ai découvert des personnes qui se laissent un peu moins approcher facilement mais qui au fond sont formidables, avec la main sur le cœur. J’ai également appris à travers les explications données par B. à voir les choses autrement. Je pense que ce n’est pas parce qu’on ne croit pas en Dieu, parce qu’on ne suit pas une religion, qu’on ne peut pas tirer des idées de vie de ce qui est dit.

J’ai l’habitude de répéter une  phrase entendue je ne sais plus où: “Dieu ne met sur notre route que les obstacles que nous pouvons franchir”. Je la répète à ceux de mon entourage qui traversent des périodes assez dures afin qu’ils comprennent que la force de les surmonter ne réside qu’en eux (tu comprendras bien que personne dans mon entourage n’est croyant et donc l’idée même de parler de Dieu bouche parfois leurs oreilles. Cette phrase peut permettre de découvrir sa force intérieure et de surmonter les obstacles).

Je me permettrais même de dire que l’on peut tirer des enseignements philosophiques de ce qui est dit dans les évangiles, à défaut de réussir à trouver la foi. J’aime découvrir des choses qui me sont étrangères, comme la nature humaine, les relations humaines, les réflexions et les comportements que nous avons les uns envers les autres. Ce voyage m’a permis de réaliser beaucoup de choses. Voir autant de personnes différentes réunies ensemble pour partager leur foi commune, ensemble pour prier, cela reste un bel enseignement de vie.

Certaines personnes se sont tournées vers Dieu sans vraiment savoir pourquoi, car, quand elles essaient d’expliquer, elles ne trouvent aucune justification logique. Elles ont eu un besoin, à un moment donné de se tourner vers l’Église, de comprendre les enseignements, mais aucune explication rationnelle ne peut en être donnée. Cela semble résulter d’un besoin, d’une envie, d’un sentiment. Rien n’est plus irrationnel qu’un sentiment. A contrario, certaines personnes ont la foi du charbonnier: “je crois parce qu’on me dit de croire”. Elles ne remettent pas en cause ce qu’on leur a appris, et vivent leur foi ainsi. Ainsi la foi ne s’explique pas, elle se vit, elle est mystique. Et pour cela, je la respecte.

Je ne sais pas préciser d’où vient mon rejet initial de la religion, peut-être les représentations que l’on fait des religieux dans les films (“la Vie est un long fleuve tranquille”, pour en citer un), mais je sais qu’au fur et à mesure j’ai également appris (certainement au travers de mes cours de droit sur les libertés fondamentales) que les gens sont libres de leur croyance à partir du moment où ils ne cherchent pas à la démontrer aux autres et à les convertir à  leur religion.

Pour conclure, je n’ai pas été touchée par la foi, par la croyance, mais elle s’est vêtue d’un voile de beauté par la façon dont vous tous vous la faites vivre à travers votre humanité. Je garde un souvenir mémorable de ma rencontre avec vous tous.“