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Semaine de l’Unité et solidarité chrétienne

S’écouter mutuellement-communion-apotres-1024

La semaine de prière pour l’unité des chrétiens donne à l’année nouvelle une belle impulsion. „L’oecuménisme, écrivait Père Alexandre Schmemann, signifie, non une attitude relativiste ou un compromis, mais, tout d’abord, l’aptitude à écouter et à être écouté, et à faire de la recherche de la vérité une tâche commune, quelque pénible qu’elle soit” (préface à Pour la Vie du monde, 1969). Cela ne signifie pas qu’on soit d’accord sur tout, mais, quand les  interlocuteurs sont loyaux, „les désaccords mêmes sont constructifs et pleins de signification”, précise ce prêtre de bienheureuse mémoire.

Le puits de Jacob

À la méditation des chrétiens était proposée cette semaine la rencontre du Christ et de la Samaritaine: tout conscient que l’on est de l’héritage que l’on porte, on „demande à boire” au schismatique, si, toutefois, il veut bien puiser à la source commune, le „puits de Jacob”. Et si nous faisons cela, l’Eau vive que porte le Christ, la grâce du saint Esprit, abreuvera les uns et les autres. Les chrétiens ont rendez-vous auprès de la même source, celle de la Tradition, et doivent pouvoir demander au Christ à boire de la même Eau éternelle. Cette solidarité spirituelle contribue à tout le travail qui est fait pour gagner l’unité de foi.

Pas de phobies

Mais, cette semaine de prière avait une profondeur particulière: les chrétiens se sont découverts solidaires face à la violence. Nous puisons dans l’eau vive de l’Evangile du Christ, et dans le meilleur du puits presque insondable d’Israël, la sérénité, la compassion et la patience dont le Seigneur fait la preuve sur la Croix. Au Christ nous demandons la grâce du non-jugement, la conscience libre, la force du saint Esprit pour témoigner de sa vérité dans la paix qui vient de lui. Qu’Il nous accorde la grâce de voir nos propres fautes et d’accueillir son pardon. Les diverses ”phobies” ne sont pas pour les fils d’Abraham et les disciples du Messie et Fils de Dieu. „Phobos” signifie la peur, si mauvaise conseillère: elle n’est pas chrétienne; le Christ n’a pas eu peur.

Les nouveaux martyrs

Pourtant, et nous ne l’oublions pas, le grand nombre des chrétiens est, en notre temps, dans le camp des martyrs, ceux que l’on extermine par milliers, que l’on torture, dont on brûle les églises et que l’on brime par tous les moyens. La vie des saints de chaque jour nous montre que les souffrances endurées par nos pères ne sont pas des hyperboles hagiographiques. Tout ceci est bien réel, même vu de notre fragile sécurité de chrétiens d’Occident. La solidarité des chrétiens se forge dans l’épreuve. Peut-être le Seigneur, Maître et Souverain de l’Histoire, pense-t-Il que, devant les persécutions, les chrétiens réaliseront l’unité qu’Il leur a déjà donnée. Ce ne sera pas par peur: ce sera par conscience de l’essentiel, par amour pour la vérité vivante que le Christ a transmise par le saint Esprit aux Apôtres et aux Pères – par amour également pour ceux qui nous persécutent, nous exécutent, nos enfants et nous, et nous brûlent vifs – nous serons, nous sommes, conduits à puiser à la même et unique tradition pour recevoir du Christ l’unique et même Esprit. Les pays du Moyen Orient ont déjà une expérience ancienne dans ce domaine.

Libération d’Auschwitz

Cette sainte semaine des chrétiens se clôt pour le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945. Autre solidarité chrétienne: l’unité des disciples du Christ tient à l’annonce du „programme commun” de l’Évangile porté par les Conciles oecuméniques; et nous dénonçons ensemble, au nom de l’Évangile, toute torture, toute exécution capitale, et, en particulier, tout antisémitisme. Les rémanences culturelles d’hostilité aux fils d’Israël, nous pouvons les éradiquer ensemble. Nous pouvons rendre grâce pour cette libération du camp emblématique; et nous pouvons chercher le puits de la source juive, le retrouver, nous y abreuver à nouveau, et non du bout des lèvres. L’unité des chrétiens, en effet, semble impensable sans un commun ressourcement au sang abrahamique qui coule dans les veines du Christ et de son corps.