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Pas de liberté religieuse en Lybie…

Depuis de nombreuses semaines, les chrétiens coptes résidant en Libye sont victimes de violences.

Plusieurs de leurs églises ont été incendiées. Pourquoi sont-ils persécutés ? Christine Chaillot chercheuse spécialiste des chrétiens du Moyen-Orient, qui écrit des articles et livres depuis 30 ans sur cette communauté, analyse la situation.

Afrik.com : Qui sont les chrétiens coptes de Libye ?

Christine Chaillot : Copte signifiant égyptien, ce sont les chrétiens qui viennent d’Égypte.

Afrik.com : Depuis quand sont-ils arrivés dans le pays ?

Christine Chaillot : Depuis le début du christianisme il y a eu des chrétiens en Libye, région voisine à l’est d’Alexandrie, l’un des grands centres du christianisme apostolique.

Afrik.com : Que sont-ils venus chercher en Libye ?

Christine Chaillot : Les chrétiens égyptiens/coptes sont venus en Libye depuis quelques décennies pour travailler. En effet, sous Kadhafi, le niveau de vie en Libye était supérieur à celui de l’Égypte et les salaires plus élevés. Ceci explique que de nombreux Égyptiens, et pas seulement des chrétiens, venaient travailler en Libye. La plupart des chrétiens venaient de Haute-Égypte : il y avait des minibus qui les transportaient de là directement en Libye. Sous Kadhafi, on parlait d’environ 1,5 million d’Égyptiens travaillant en Libye. On parlait alors de 3% de chrétiens en Libye. Pendant la révolution libyenne, les étrangers ont fui le pays, pour des raisons de sécurité. Certains y sont retournés, toujours pour travailler, y compris des Coptes.

Afrik.com : Pourquoi sont-ils actuellement persécutés ?

Christine Chaillot : Les Coptes ne sont pas les seuls chrétiens à avoir des problèmes en Libye. On peut citer le cas de prêtres catholiques attaqués le 3 mars 2013, à Tripoli. Sur les lieux de la cathédrale, un tireur a raté un prêtre catholique. L’église grecque orthodoxe à Tripoli est régulièrement attaquée.

Afrik.com : Que reproche-t-on aux chrétiens coptes ?

Christine Chaillot : Récemment on a reproché aux coptes de faire du prosélytisme, ce qui n’est pas le cas. Tout cela parce qu’ils ont chez eux à la maison des livres religieux, la photo de leur patriarche et que la croix est tatouée sur leur poignet. Mais cela n’est que l’expression normale de leur vie religieuse quotidienne, et pour leur usage personnel.

Afrik.com : Cette violence a-t-elle toujours existé entre les Libyens et les coptes ?

Christine Chaillot : Non. Le gouvernement avait lui-même donné en 1970 une église inaugurée alors par le patriarche copte orthodoxe Chénouda. Il y avait environ 1 000 Coptes en Libye. En 2004, on comptait trois églises coptes orthodoxes à Tripoli, Benghazi et Misrata, avec deux prêtres, sous la supervision de l’évêque Pachomius de Damanhur (près d’Alexandrie). Ces violences se sont développées récemment, par le biais de groupes islamistes violents. Les chrétiens coptes et les autres chrétiens en Libye sont actuellement dans une situation très difficile. Cela effraye les chrétiens encore résidents en Libye. Certains pensent que c’est une manière de faire partir les derniers chrétiens de Libye, considérés comme « impurs » par les islamistes.

Afrik.com : Depuis combien de temps ces violences à leur encontre ont-elles commencé ?

Christine Chaillot : Ces violences sont récentes. Récemment, le 30 décembre 2012, l’église copte proche de Misrata a été attaquée, deux Coptes ont été blessés et deux autres tués. Un bâtiment copte a été complètement démoli. En mai 2012, on a essayé de tuer un prêtre grec orthodoxe à Tripoli. Il y avait alors durant cette période une centaine de Grecs orthodoxes en Libye. Ceux qui ont décidé de quitter le pays ne songent même pas à revenir. De même, fin janvier 2013, plus de cent Coptes ont été arrêtés à Benghazi, sous prétexte de prosélytisme et d’être des incroyants. Certains ont été torturés. L’un d’eux, Ezzat Hakim Atallah, en est mort le 9 mars 2013.

Afrik.com : Et le gouvernement égyptien dans tout cela ?

Christine Chaillot : Les Coptes reprochent également au gouvernement égyptien, en particulier au ministre des Affaires étrangères ainsi qu’à l’ambassadeur d’Égypte en Libye et le consul à Benghazi, de ne pas s’être manifesté assez tôt pour défendre ses citoyens innocents, ressortissants d’Égypte. Le 1er janvier 2013, le nouveau pape copte orthodoxe, Tawadros II, a condamné le fait d’avoir bombardé l’église à Misrata et a demandé qu’on punisse les responsables. Il vient de demander protection pour les chrétiens et les églises en Libye.

Afrik.com : Certains coptes envisagent-ils de retourner dans leur pays d’origine en Égypte ?

Christine Chaillot : On vient de rapatrier cinquante des cent Coptes arrêtés, mais cela ne résout pas le problème principal : la violence à l’égard de chrétiens en Libye, leur sécurité et leur liberté à vivre dans ce pays en tant que non musulmans. Il n’y a pas de liberté religieuse en Libye.

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