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Olivier Clément (1921-2009)

Un témoin

L’Orthodoxe français Olivier Clément, toute sa vie, témoigna de la foi orthodoxe avec rigueur et bienveillance, avec humilité également, au sein d’une communauté de croyants formée, non seulement des membres de son Église, mais également d’un très grand nombre de chrétiens catholiques-romains et réformés. Cette foule de ses amis, comprenant nombre d’incroyants, fut spectaculairement représentée à ses funérailles, en l’église Saint-Serge, de l’Institut de théologie où il servit pendant de longues années.

Universalité

Converti et baptisé tardif, venu de l’agnosticisme, toute son abondante et belle œuvre littéraire, dont il accomplit le ministère ecclésial jusqu’au terme de son existence (Petite boussole spirituelle pour notre temps, 2008), comme toutes ses prophétiques prises de parole, ont tendu à faire connaître l’Orthodoxie en dehors des limites culturelles des communautés émigrées : elles ont contribué également, par une critique saine et constructive, à dégager l’essentiel du message apostolique et patristique en mettant les textes fondamentaux à la portée du grand nombre (dans Sources, 1982, par exemple). A la suite des grands écrivains français d’origine russe, comme Paul Evdokimov et Vladimir Lossky, Olivier est un Français de souche qui prend en charge le message ecclésial de l’Orthodoxie, et le traduit dans une langue magnifique. Il se manifeste alors comme le premier très grand écrivain français de foi orthodoxe en notre temps.

L’anthropologie chrétienne

O. Clément a su présenter à notre temps les grands enjeux anthropologiques et cosmologiques de la foi chrétienne ecclésiale : l’anthropologie de la déification de l’être humain, au centre de la préoccupation des saints Pères, a elle-même pour centre le mystère de la personne et hypostase humaine créée, à l’image et à la ressemblance de la personne et hypostase divine du Verbe. Proche de la pensée des « personnalistes » comme Emmanuel Mounier, enraciné dans une quête contemporaine authentique du dépassement de l’individualisme dans une expérience communautaire, O. Clément fut hypersensible au mystère de la personne comme identité en communion. « L’homme incorporé au Christ par le baptême redevient image de Dieu. Mais cette image, il lui appartient de la rendre pleinement ressemblante en inventant, sous le souffle et le feu de l’Esprit, une manière personnelle, donc incomparable, d’être en Christ » (Questions sur l’Homme, 1986). C’est par l’union à la personne divine du Christ que l’être humain a accès, dans l’Esprit, à la plénitude de sa propre existence personnelle en communion avec toutes les autres personnes mues par le même dynamisme charismatique.

La Tradition

O. Clément donne l’exemple de l’audace de la modernité : non pas un modernisme asservi aux modes ; mais l’actualité créatrice de la Tradition des saints Pères, la sainte et humble Orthodoxie en son renouveau. Apôtre de la sainteté des laïcs, il eut l’audace d’une théologie prophétique de l’amour conjugal et de la sexualité transfigurée en agapè (Corps de mort et corps de gloire, 1995).