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Les Orthodoxes semblent avoir des positions diverses en ce qui concerne l’Oecuménisme : quels éclaircissements pouvez-vous apporter ?

La bienveillance

Les relations avec des chrétiens non orthodoxes, pour être agréables à Dieu, doivent être, pour les Orthodoxes, empreintes de bienveillance et d’humilité. L’apôtre Paul écrit par exemple (Colossiens 4, 5-6) : “Conduisez-vous avec prudence envers ceux qui sont hors de l’Eglise, sachant profiter des circonstances. Que votre parole soit toujours aimable, assaisonnée de sel en sorte que vous sachiez comment il faut répondre à chacun”. La bienveillance, l’humilité et le discernement sied à ceux qui ont à charge de témoigner de la vérité.

Le terme d’ “oecuménisme”

Le terme d’ “oecuménisme” est utilisé improprement pour désigner les relations que des chrétiens confessant des vérités différentes ou même contadictoires ont entre eux. Ce terme devrait être réservé à l’oecuménisme de la foi et de la Tradition, tel qu’il se manifeste dans les sept conciles qui portent à juste titre ce nom. N’ont ce caractère oecuménique que les chrétiens et les Eglises qui gardent la tradition des Apôtres et des Pères sans l’altérer. Les Eglises Soeurs sont celles qui conservent la communion dans cette même foi et cette même tradition. Ce nom ne convient pas à des chrétiens et des Eglises qui se maintiennent délibérément en dehors de cette unité ecclésiale.

Un oecuménisme de compromis

Il existe un “oecuménisme de compromis”, plus grave que les compromissions politiques. Ce prétendu “oecuménisme” est taxé à juste titre par les moines orthodoxes d’ “hérésie”, puisqu’il relève de “choix” arbitraires, et qu’il est animé par un relativisme étranger à la pensée chrétienne. Il revient à la conscience orthodoxe de le réfuter courageusement, avec bienveillance, amour et humilité. Dans cette mesure, un Orthodoxe refuse de participer à des offices “oecuméniques”, qui reviennent à des formes de concélébration alors que manque l’unité de foi et l’unité d’obéissance à la Tradition. La reconnaissance elle-même du baptême des hétérodoxes n’est qu’une économie: elle est sujette elle-même au discernement, et peut être justement contestée.

L’oecuménisme de témoignage

Il existe également un “oecuménisme de témoignage”, que défendent les évêques. La conscience orthodoxe y manifeste courageusement et humblement son amour de la sainte Tradition, et fait tout ce qui lui appartient pour faire aimer cette vérité, en la présentant de façon intéressante et convaincante, en y montrant la jeunesse et la modernité éternelles de l’expérience chrétienne ecclésiale. Cet “oecuménisme de témoignage” se manifeste par la capacité de dialogue, et par le témoinage liturgique, théologique et ascétique en toute occasion, une faculté d’appliquer la juste “économie” selon les circonstances, la présence et l’assistance aux réunions de prière de ceux du dehors sans port de signes (étole, vêtement litrugique) qui donneraient l’illusion de la concélébration.

Les mariages inter confessionels

La question des mariages dits “mixtes” est particulièrement épineuse. Cette pratique est interdite par la Tradition, puisqu’elle va à l’encontre du principe de l’unité de la foi. Toutefois, en raison du très grand nombre de cas (plus de 60% aux Etats-Unis, par exemple), les évêques sont sollicités de pratiquer l’économie et de donner la bénédiction pour que soit célébré l’office orthodoxe du saint mariage, alors qu’un des fiancés n’est pas en communion avec l’Eglise unique du Christ. Dans cette circonstance, il revient au prêtre qui en a demandé expressément la bénédiction à l’Evêque, d’attirer l’attention des époux sur ce qu’ils ont en commun et qui sera le centre de leur vie familiale: le saint Evangile, et, si possible, tous les éléments traditionnels qui peuvent être trouvés communs – la prière orthodoxe à la Mère de Dieu, par exemple. Il faut avertir les époux que cette voie est une croix difficile; toutefois, on peut lui donner un caractère prophétique, ces ménages inter confessionnels étant appelés à oeuvrer pour l’unité de foi dans leur propre famille et à travailler ainsi au retour dans la communion plénière de l’Eglise de ceux qui en sont séparés. C’est le cas de certains convertis: le témoignage de foi et d’honnêté donné par leur conjoint, avec beaucoup de patience et de respect à leur égard, et surtout son exemple, les ont conduits naturellement à confesser la vraie foi et à trouver ainsi la place qui leur revient dans l’Eglise. Le conjoint orthodoxe peut se montrer convaincant s’il donne un exemple éloquent et s’il sait faire aimer l’Orthodoxie à son épouse ou à son époux.

L’Orthodoxie, patrimoine commun des chrétiens

Dans les faits, la situation comporte des risques importants. Souvent, c’est le conjoint hétérodoxe qui attire toute la famille dans son Eglise séparée; ou bien, il se développe, au sein de ce couple, une philosophie relativiste qui relève alors de l’ “oecuménisme de compromission”. C’est pourquoi le jeûne et la prière pour ces couples inter confessionnels sont particulièrement importants, comme le sont la présence et le témoignage des prêtres et des témoins de mariage. Faire aimer la tradition orthodoxe, sans prosélytisme mais avec chaleur, en soulignant toujours son caractère universel et justement oecuménique, est le programme que nous confie le Seigneur avec toute la patience qui le caractérise. Tant que l’ “orthodoxie” reste assimilée à un phénomène culturel ou national, le témoignage que nous donnons est évidemment faible. Il faut savoir montrer que l’Orthodoxie n’est ni orientale ni occidentale, qu’elle est le patrimoine commun de tous les chrétiens, et que ceux-ci sont invités à la découvrir, à s’en nourrir et à en vivre de plus en plus.