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Les commandements me culpabilisent…

La culpabilité

Ce sentiment très important signe l’existence de la conscience qui travaille dans la profondeur du cœur. La Loi et tous les commandements l’éveillent pédagogiquement (Rom 3, 20). Avant même l’exil d’Adam, le Fils de Dieu, au Paradis, donna un précepte afin de susciter la libre obéissance. Ensuite, Il donna la Loi à Moïse pour conduire le peuple à la conversion. Mais la culpabilité peut être écrasante, en raison de l’impuissance où nous nous trouvons d’accomplir le plus petit commandement du Seigneur. Le Malin cherche à nous désespérer jusqu’à abandonner la voie du salut.

Le pardon

Le Seigneur n’a pas voulu laisser l’être humain dans la culpabilité : après sa Résurrection, après avoir assumé la culpabilité universelle et s’être présenté comme coupable de tout, Il a donné la grâce du pardon (Jn 20, 23). Nous ne pouvons pas nous pardonner à nous-mêmes : le pardon suppose deux personnes. Le Fils de Dieu remet la dette insolvable de nos péchés, de nos manquements et de nos transgressions. Il est celui qui accomplit à notre place, pour nous en donner l’exemple et la grâce, les commandements qu’Il a lui-même donnés. Quand nous lui demandons pardon de ne pas faire la volonté de son Père, Il nous délie miraculeusement.

La crainte

Le sentiment de culpabilité, quand il perdure, est lié à l’orgueil – incapacité, ou refus, de dépendre de Dieu pour être pur et innocent. La crainte de Dieu devrait être une nouvelle étape : le saint Esprit nous inspire deux craintes, celle de déplaire à Dieu, et celle d’être séparés de lui à jamais. Nous sommes coupables et pécheurs, non devant des lois humaines, devant notre seule conscience, ou devant une loi abstraite, mais par rapport à une personne, celle de Dieu – « devant toi seul j’ai péché », dit le prophète David. Et, « quand on s’approche de Dieu, le contraste entre notre état de pécheur et la sainteté de Dieu devient de plus en plus apparent, évident » (archimandrite Syméon).

Le repentir

C’est la douleur extrême d’être incapable de faire la volonté de Dieu et de réaliser ainsi le seul sens de notre vie (« la vie chrétienne peut être définie comme une ‘vie selon les commandements de Dieu’ », ibid.) ; ou la douleur d’avoir transgressé, négligé ou ignoré les préceptes de vie. Il y a trois tristesses : celle qui vient d’être frustré des plaisirs de ce monde ; celle qui vient de la privation du bonheur donné par Dieu ; celle d’avoir offensé un Dieu si bon, si grand, si beau et qui ne veut que notre épanouissement dans la jouissance de son propre être. La douleur du repentir ne se compare pas avec le malaise de la culpabilité. Elle est une blessure d’amour : quand on a mal d’avoir perdu la familiarité de celui ou celle qu’on aime et dont est aimé. Cette souffrance peut susciter des larmes abondantes.

La responsabilité

Voulant faire la volonté de Dieu, quoique cela nous paraisse tout d’abord impossible (tout quitter pour Dieu ! aimer ses ennemis ! pardonner l’impardonnable !), nous recevons du saint Esprit la grâce de nous tourner vers la sagesse de l’Église du Christ : celle-ci n’est pas autre que l’école des commandements. Nous y apprenons deux vérités : prier Dieu qu’Il nous donne la grâce de faire sa volonté (Ps 142) ; demander l’aide et le conseil des anciens. Nos Pères dans la foi, nos prêtres tout simplement, nous aident à mettre les commandements divins en pratique dans notre vie quotidienne telle qu’elle est, dans la vie familiale, dans le célibat, dans le travail, et, surtout, dans la profondeur de notre cœur. C’est en effet dans ce for intérieur que se lève la responsabilité spirituelle qui n’attribue les torts qu’à soi-même. Celle-ci ne juge pas autrui ; elle se considère comme seule digne de la justice de Dieu : « pour moi c’est justice » (cf. Luc 23, 41). Elle est, simultanément, animée par l’espérance de mener, avec l’aide du saint Esprit, une vie agréable à Dieu et d’être admis dans son Royaume. La responsabilité est pleine d’humilité ; elle est une « réponse » à l’appel que constitue le précepte ; elle manifeste la liberté de la personne et sa capacité, par la grâce du saint baptême, à faire le bien c’est-à-dire à s’approcher indéfiniment du Père céleste en aspirant à son intimité éternelle.