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Le renoncement est-il libérateur ?

L’appel du Seigneur –Apôtre Pierre marche sur l'eau...

Le Seigneur Jésus appelle continuellement l’homme à renoncer à tout pour entrer avec lui dans la vraie vie : « Viens ! Suis-moi ! » (Matthieu 19, 21). Le renoncement n’est pas une fin en soi. « Qui me préfère son père ou sa mère n’est pas digne de moi. Qui me préfère son fils ou sa fille n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi » (Matthieu 19, 37-38). « Digne de Jésus », qu’est-ce que cela veut dire ? Une simple conformité du disciple avec le Maître ? Le Seigneur s’explique mieux : « Quiconque aura renoncé à sa maison, à ses frères, à ses sœurs, son père, sa mère, ses enfants, ses champs, à cause de mon Nom, en recevra le centuple et aura en partage la vie éternelle » (Mattieu 19, 29). Il nous est donc promis que le renoncement par amour pour le Fils de Dieu est absolument gratifiant. Le renoncement est, au niveau personnel, une expérience de mort et de résurrection : mourir à quelque chose – ou à quelqu’un – qui a peut-être toute sa valeur, pour naître à une vie nouvelle. A plus forte raison, nous déposséder des valeurs périssables et mortelles a-t-il ce sens, car il s’agit alors de mourir à la mort, de tuer la mort, pour entrer dans la vie. La croix est le poteau indicateur de cette route de la joie.

Le renoncement et la mort

S’exercer au renoncement et à la dépossession c’est s’exercer à la mort. Les pères spirituels enseignent la mémoire de la mort. Les sages antiques se préparent à la mort. Celui qui pense à sa propre mort et à celle de ses proches fait preuve de maturité. La seule pensée de la disparition de ceux que nous aimons nous terrifie. Nous voudrions fuir la pensée elle-même et nous bercer d’illusion. Pourtant nous pouvons affronter la mort de nos proches, encore que cela paraisse et que cela soit impossible. Parce qu’il y a quelqu’un au-delà du gouffre – et non le néant impersonnel et inexistant des sceptiques -, en lâchant tout par le renoncement, nous gagnons tout. C’est l’exemple donné, a contrario, par l’apôtre Pierre invité à marcher sur les eaux…

La seule réponse sérieuse que nous ayons à la pensée de la mort des autres et de nous-mêmes est le renoncement. Il en est également ainsi quand nous pensons à la disparition de tout, à la fin du monde, à la mort du monde. Le renoncement est une mort volontaire qui ôte tout pouvoir sur nous à la mort. Celle-ci n’est plus une sorte de divinité hallucinante et cauchemardesque. Quand je la choisis par le renoncement, je la tue. Par amour pour le Christ-Vie, renonçons librement à notre propre vie et à la vie de nos bien-aimés ; laissons-les aller (cf. Jean 11, 44) ; renonçons au mensonge de vies indéfiniment prolongées, et d’un monde sans fin. Choisissons la mort au lieu de la subir. Saluons le départ de nos proches et le terme de notre propre vie comme voulus par Dieu. Veuillons ce que Dieu veut. 

Renoncement et vie

Celui ou celle qui renonce du fond du cœur, sincèrement, sans détour, sans contrecoeur, en toute confiance dans la parole de Dieu : qui renonce en prenant la main que lui tend le Seigneur – en obéissant à son appel – trouvera la paix qui ne passe pas. La Mère de Dieu nous donne par toute sa vie l’exemple d’un tel renoncement – sans même parler de Jésus Christ dont la mort fut volontaire, un formidable renoncement à la vie par amour vivifiant pour les siens. La Vierge voulut également mourir pour ne pas être séparée de son Fils et son Dieu. En sa glorieuse et volontaire dormition célébrée le 15 août nous lui chantons : « tu passes de la vie à la vie ! »

La porte du bonheur

Renoncer au bonheur nous ouvre au bonheur ; renoncer à la vie nous fait naître à la vie ; renoncer aux personnes que nous aimons tant nous les fait retrouver dans la paix – « au centuple ». Ne renonçons-nous pas ? – Nous sommes tourmentés par les regrets, la frustration d’une bonheur impossible, la culpabilité à l’égard de nos défunts, les reproches et autres supplices infernaux promis à l’âme qui ne veut pas ce que veut Dieu. Renoncer consiste à dire Oui au lieu de dire Non. Mais nous disons Oui à quelqu’un, à celui qui fixe rendez-vous à notre âme, à celui auprès duquel la mort de nos morts s’est déjà transfigurée en vie à l’instant même où nous l’avons acceptée activement – et non subie de mauvaise grâce. Le vrai renoncement se manifeste ainsi par une exacte louange et célébration de la volonté du Seigneur : « Gloire à toi pour ton serviteur ou ta servante N…, Seigneur Jésus, gloire à toi ! » ; ou : « Réjouis-toi, N…, réjouis-toi ! » ; ou encore, dans l’épreuve personnelle : « Gloire à toi pour moi pécheur, Seigneur Jésus, gloire à toi ! »et une grande paix, une grande consolation descendent sur nous et en nous, sous l’apparence d’une colombe, de l’eau ou de langues de feu…