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Le miracle est-il important ?

Il est normal

La vie chrétienne, fondée sur la foi en Jésus Christ vrai Dieu et vrai Homme, glorifié avec le Père et l’Esprit, ne dépend pas d’une idéologie, de réflexions théoriques ou d’une théologie académique. Elle repose sur des faits, sur l’expérience personnelle et communautaire que les croyants font du Christ par le saint Esprit. L’Église se reconnaît à sa juste confession de la foi. Mais ceci relève déjà du miracle, non d’une démonstration de la raison humaine. Le premier des miracles est de croire en Jésus tel qu’Il est et tel qu’Il se présente à nous dans le saint Évangile.

Toutefois, l’Église ne peut être crédible que si en elle s’accomplissent de façon permanente et normale les actes du Christ par le saint Esprit. Le miracle est la norme. C’est pourquoi les fidèles se rassemblent continuellement, dans la divine liturgie et dans toutes les autres formes de prière, pour demander le miracle : la transfiguration du pain et du vin en Corps précieux et en Sang très pur du Seigneur, par la parole du Christ (« ceci est mon Corps, mon Sang ») et l’opération de l’Esprit « qui accomplit tout » ; mais également la sanctification des fidèles et de leur vie (naissance, mariage, dormition), la guérison de l’âme et du corps, l’exorcisme des démons, la réconciliation des frères en discorde, etc. La vie chrétienne n’est pas d’abord intellectuelle ou spirituelle : elle est factuelle. C’est par cela qu’elle est convaincante et gratifiante, quand nous faisons les œuvres du Christ.

Exemple du Centurion

Il était très embarrassé, parce que son esclave, en raison de sa maladie, ne pouvait plus travailler ! Pour cette raison très réaliste, il est venu demander au Christ la guérison de ce serviteur (relire Matt 8, 5-13) et le Seigneur l’a exaucé en raison de sa foi. Par ailleurs (Matt 9, 1-8), nous voyons que la foi peut être la conséquence du miracle. Dans toutes les situations évangéliques, nous nous retrouvons avec nos propres préoccupations, notre foi petite ou grande, notre intérêt individuel, notre faiblesse à aimer le Christ pour lui-même, et souvent l’angoisse de ne pas être exaucés, face à la souffrance et à la mort, face également au monde qui vient et au Jugement ultime : peut-être ne serai-je pas sauvé ! – à moins d’un miracle, la merveilleuse miséricorde divine…

L’exaucement

Soit le croyant est exaucé, selon sa foi, et selon le contenu précis de sa demande : c’est le cas du Centurion. Soit il pense ne pas l’être. Il semble qu’il y ait deux interprétations. D’une part les péchés de notre vie sont en contradiction avec la prière que nous formulons ; il nous faut déjà changer de vie, confesser nos péchés, nous présenter devant le Seigneur avec humilité : comment peut-Il exaucer le pécheur que je suis ? Il nous faut nous purifier de l’incroyance, du scepticisme – si nous ramenons tout à notre raison alors que la Raison divine est incarnée en Jésus-Christ, comment attendre le miracle ?

D’autre part, le Seigneur nous exauce, mais d’une façon différente de ce que nous demandions. Par exemple, Il veut nous donner d’abord la grâce du repentir si nous la demandons. Ou bien, nous prions pour la guérison corporelle d’un malade et le Seigneur nous exauce en lui accordant la guérison spirituelle. Le Christ Lui-même a, dans son humanité impeccable, demandé que la souffrance lui fût épargnée (« éloigne de moi cette coupe ! ») ; et Il a été exaucé autrement : par-delà la souffrance qui ne lui fut pas épargnée malgré sa prière, Il a reçu le don magnifique de la résurrection et de la glorification à la droite du Père. Et cela, parce qu’Il avait un immense amour pour la volonté du Père.

On peut dire que Dieu exauce toujours la prière de la foi, mais toujours en discernant ce qui est le meilleur pour nous et pour ceux qui nous entourent. Aussi apprenons-nous à glorifier sa volonté incompréhensible et souveraine.