Imprimer cet article Imprimer cet article

Le dimanche de Zachée

L’annonce du Carême

« Bien avant le début proprement dit du Carême, l’Église annonce son approche et nous invite à entrer dans la période préparatoire du pré-carême. C’est un trait caractéristique de la tradition liturgique orthodoxe que chaque grande fête ou période liturgique – Pâques, Noël, Carême, etc… – soit annoncée et préparée à l’avance. Pourquoi ? Parce que l’Église a une profonde perception psychologique de la nature humaine. Connaissant notre manque de concentration et l’effrayante « mondanité » de notre vie, elle sait combien nous sommes inaptes à changer rapidement, à passer brusquement d’un état spirituel ou mental à un autre. Et c’est ainsi que, longtemps avant le début de l’effort propre du Carême, l’Église attire notre attention sur le sérieux de ce temps et nous invite à en méditer le sens. Avant la pratique du Carême, sa signification nous est donnée. Cette préparation comprend cinq dimanches consécutifs précédant le Carême, chacun d’eux étant, avec son évangile particulier, consacré à un aspect fondamental du repentir.

L’homme de désir

La toute première annonce du Carême a lieu le dimanche où est lu l’évangile de Zachée (Luc 19, 1-10). C’est le récit d’un homme qui était trop petit pour voir Jésus, mais qui désirait tellement le voir qu’il grimpa sur un arbre. Jésus répondit à son désir et se rendit chez lui. Ainsi le thème de cette première annonce est-il le repentir. L’homme suit son désir. On peut même dire que l’homme est désir, et cette vérité psychologique fondamentale de la nature humaine est attestée par l’Évangile : « Là où est ton trésor, dit le Christ, la sera ton cœur. » Un désir intense triomphe des limites naturelles de l’homme; lorsqu’il désire passionnément quelque chose, il peut accomplir des actions dont il est normalement incapable. Bien que « petit de taille », il se dépasse et se transcende lui-même. La seule question est alors de savoir si ce sont les vrais biens que nous désirons, si notre puissance de désir est orientée vers le vrai but ; ou bien si, pour employer l’expression de l’existentialiste athée, Jean-Paul Sartre, l’homme est une « passion inutile ». Zachée désirait « la chose juste », il voulait voir et approcher le Christ. Il est le premier symbole du repentir, car le repentir commence avec la redécouverte de la nature profonde de tout désir : Le désir de Dieu et de sa Justice, le désir de la vraie vie. Zachée est « petit », – mesquin, pécheur et limité – et, cependant, son désir passe par-dessus tout cela. Il « force » l’attention du Christ, il amène le Christ à lui.

 

Telle est donc la première annonce, la première invitation : il nous faut désirer ce qui est le plus profond et le plus vrai en nous-mêmes, reconnaître la soif et la faim de l’Absolu qui est en nous, que nous le sachions ou non, et qui, lorsque nous nous en détournons, fait de nous vraiment une « passion inutile ». Et si notre désir est assez profond et assez fort, le Christ y répondra. » Père Alexandre Schmemann, Le grand Carême, spiritualité orientale n°13, Bellefontaine, 1977, p. 16.