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La Trinité, ouverture à autrui

« Dieu est éminemment Un et Trois ou plutôt, Il est au-delà de ce qu’un et trois sont pour nous. Les trois Sujets sont tellement intérieurs dans leur unité d’être non dispersé, qu’ils ne peuvent en aucune façon être séparés et qu’ils peuvent être comptés comme trois entités avec une certaine discontinuité entre elles. Saint Basile dit : « Nous, nous n’additionnons pas, en allant de l’un au multiple par ajout, en disant un et deux et trois, ou le premier, le second, le troisième. ‘‘Car Moi, Dieu, Je suis le premier et Je suis le dernier’’ (Is. 44, 6). Or d’un second Dieu, nous n’avons jamais entendu parler jusqu’à maintenant. Car adorant un Dieu de Dieu, nous confessons aussi le caractère propre de l’Hypostase ainsi que la Source-unique, sans scinder Dieu en une multitude éparpillée »[1].

Mais le nombre qui représente par excellence la distinction dans l’unité, ou l’unité explicite, est le trois. Deux ne nous dit pas ce qui est compris, proprement dit, dans l’unité. Cela s’observe au plan des sujets, où se révèle la véritable signification de la distinction dans l’unité, ou de l’unité dans les sujets distincts et le sens de cette constitution paradoxale de la réalité.

Un sujet unique au sens absolu serait privé de joie et donc du sens de l’existence. Il douterait même de son existence. Son existence serait mêlée au rêve. Selon notre enseignement, un sujet et un objet, ou un monde d’objets en face de lui, maintient le sujet dans la même solitude privée de joie et de sens de l’existence. « Quel avantage l’homme aura-t-il à gagner le monde entier s’il le paye de son âme ? » (Mt 16, 26). Un sujet et un objet ne sont pas les deux parties d’un tout, car l’objet ne tire pas l’homme de l’incertitude de l’existence.

Deux sujets réalisent par leur communion une certaine consistance, ainsi qu’une joie et un sens de l’existence.

Cependant, même cette réalité de l’unité des deux parties qui est en même temps une unité dialogique basée sur l’unité d’être, est insuffisante. La communion à deux est aussi une limitation à partir de deux points de vue. D’abord la communion à deux n’ouvre pas tout l’horizon impliqué dans l’existence. Les deux ne s’ouvrent pas seulement l’un à l’autre mais ils se ferment aussi. Autrui n’est plus seulement une fenêtre, mais il devient un mur pour moi. Les deux ne peuvent pas vivre seulement d’eux deux. Ils doivent avoir la conscience d’un horizon qui s’étend au-delà d’eux, mais en lien avec eux deux. Et cet horizon ne peut pas être constitué par un objet ou un monde d’objets. Cela ne les tire pas de la monotonie d’une vie réduite, ou d’une solitude à deux. Il n’y a que le troisième sujet qui les tire de leur permanente solitude à deux ; il n’y a que le troisième sujet qui puisse être lui-aussi partenaire de communion et ne pas demeurer passif en face d’eux, comme l’est l’objet ».

(P. Dumitru Stàniloae, Théologie Dogmatique, I, trad. P. J. Boboc)

[1] Liber de Spiritu Sancto, ch. 18, P.G. 32, col. 149.