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La méditation

Le milieu –Fête de la protection de la Mère de Dieu

Méditer, c’est se situer au centre de soi-même. Qui médite appartient au Royaume qui est au milieu de nous (cf. Luc 17, 21 et Matthieu 24, 23). Il rejoint le Roi de ce royaume, celui qui est au milieu de son peuple, le Dieu fait Homme (Luc 22, 27 ; Matthieu  20, 28 ; Marc10, 45 ; Jean 20,19 ; 20, 26). Au milieu de nous se trouve Quelqu’un (Jean 1, 26). Qui rejoint le centre de l’Église, le milieu de la création, et son propre centre, a rendez-vous avec celui qui s’y trouve déjà – le Christ présent parmi nous par le saint Esprit, comme l’un d’entre nous, et qui règne au centre de son monde. Il est à la fois à la tête de l’Église son Corps, au milieu d’elle – au centre le plus intérieur en elle, en son cœur – et au milieu de chacun d’entre ceux qui croient en lui. Qui descend dans son cœur y rencontre Jésus. Qui invoque le Nom de Jésus rejoint par l’Esprit son propre centre, il médite au sens propre, puisqu’il se trouve au milieu de lui-même. Avec l’Esprit qui « descend », il descend lui-même là où se trouve Jésus.

Méditer la Parole

Par la mémorisation de la Parole, par la prononciation réitérée de son Nom – le Nom de Jésus, devant lequel tout s’incline et auquel toute créature au ciel, sur la terre et sous la terre rend hommage (Philippiens 2, 20) – l’homme médite. Il prononce la Parole, non seulement des lèvres, non seulement en pensée – par l’esprit/noûs – mais encore par le cœur et dans le cœur. Il laisse la Parole résonner indéfiniment en lui, et son esprit, implanté dans son cœur intelligent, parcourt, tel un moteur de recherche, toute la richesse des significations, tout l’écho de la Parole, toutes les implications et les prolongements de cette parole, toutes les correspondances entre cette parole et toutes les autres paroles de la Parole.

L’ouïe et la vue

L’esprit dans le cœur l’homme n’est plus, à un certain moment, qu’oreille charismatique, à l’écoute de tout l’éventail des paroles divines. L’homme en son milieu est un temple où, de façon sublime, la Parole de Dieu règne et s’articule dans des nuances sans fin et dans des profondeurs insondables ; simultanément, l’esprit de l’homme siégeant dans le milieu de son cœur – dans le cœur de son cœur – devient œil, intuition – car noûs veut dire faculté intuitive, vision noétique -, contemplation des vérités divines, vision émerveillée du visage ineffable du Verbe incarné – penché vers sa créature.

La Mère de Dieu

« Elle gardait toutes les paroles [qu’elle entendait au sujet de son Fils et son Dieu] et les concentrait dans son cœur, écrit saint Luc (2, 19-51). Elle « méditait » en l’interprétant, en le déchiffrant, le trésor de la Parole dont elle était prégnante avant de la livrer au monde. Elle faisait la synthèse de tout ce qu’elle avait entendu. Ce n’était pas réflexion ou raisonnement ; c’était une disponibilité virginale à toutes les significations, à tous les sens de la Parole – une liberté. La méditation est une gestation, une grossesse, dans laquelle nous nous approprions la Parole ; nous la laissons se faire consanguine avec nous et nous greffer en retour à elle, avant de nous en nourrir et de nous en abreuver. Toutes les significations et tous les échos innombrables de la Parole irriguent comme un sang véritable la conscience « incardinée » – c’est-à-dire implantée dans le cœur – de celui ou celle qui la médite. La méditation est une gestation.

La Liturgie

Dans la célébration, nous sommes des célébrants ! Mais notre activité sacerdotale de baptisés consiste avant tout – avant d’être une profération – dans l’écoute et la gestation des mots de la Parole. Nous sommes pendus aux lèvres du Verbe, suspendus dans l’écoute des paroles mêmes que nous prononçons en tant que membres du Corps ecclésial. Et cette écoute est d’une suavité indicible ; elle est un transport de tout l’être créé – corps et âme ; cœur et esprit – une élévation de toute notre personne dans l’adoration et la louange.