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L’empereur Constantin : 313/2013 – ambiguïtés

L’édit de Milan : précisions (P.Noël Tanazacq)

« – le synode de Rome d’octobre 313 n’a aucun rapport avec la législation de Constantin sur les chrétiens : il était destiné à trouver une solution au schisme donatiste d’Afrique.

– quant à « l’édit de Milan », il n’a pas existé stricto sensu. Il y a eu en février 313 une rencontre à Milan entre les 2 empereurs vainqueurs, Constantin en Occident et Licinius en Orient, où ils ont certainement décidé de laisser la liberté de culte aux chrétiens, le mérite en revenant assurément à Constantin. Puis, Licinius a promulgué en Orient le 13 juin 313 un rescrit (le rescrit de Nicomédie) qui reflète à coup sûr la décision pris à Milan par les 2 empereurs et qu’on a appelé ensuite l’édit de Milan. À l’été 313, le compétiteur de Licinius, Maximin Daïa, mourait : le rescrit pouvait donc s’appliquer à tout l’Orient. Mais dès 320, Licinius entrait en conflit avec Constantin et reprenait la persécution des chrétiens. Il faudra attendre la défaite de Licinius en 324 pour que tout l’empire connaisse la paix religieuse.

Constantin

« Je me permets d’ajouter quelques éléments à l’attention de nos frères d’Orient qui considèrent Constantin comme un saint (ce qui n’a jamais été admis par l’Occident orthodoxe) : Constantin a fait des choses merveilleuses pour l’Église, c’est incontestable (paix de l’Église, 1er concile œcuménique…), mais il était changeant et influençable. Il a ensuite réhabilité Arius, en 335, et persécuté Athanase (et d’autres évêques orthodoxes). Il a été baptisé, la veille de sa mort, par un évêque arien, l’épouvantable Eusèbe de Nicomédie, en 337. Il est donc mort hérétique. Ensuite les Ariens l’ont considéré comme un saint (et les païens comme un dieu, en raison de l’apothéose des empereurs). Comme tous ses fils étaient ariens ainsi que de nombreux empereurs du 4ème s., les choses sont restées en l’état.

Canonisation ?

« Il faut rappeler qu’au 4ème s., il n’y avait aucune règle de canonisation (elles n’apparaissent qu’à la fin du 1er millénaire). C’était la « vox populi » qui canonisait les saints et l’Eglise se contentait d’entériner. L’Église orthodoxe, après le 2ème concile œcuménique, n’a probablement pas osé revenir sur ce qui était devenu une habitude en Orient. Mais l’Église d’Occident n’a jamais entériné la chose.

La violence

« … outre cet aspect proprement théologique, Constantin a fait assassiner son fils aîné Crispus sans raison, simplement sur des ragots de la belle-mère (la 2ème femme de Constantin, Fausta) et qu’ensuite, voyant qu’il avait été joué par sa femme, il l’a fait assassiner aussi. Sa mère Hélène fut horrifiée par ces meurtres familiaux. Cela fait beaucoup pour un « saint » ! Tous les historiens s’accordent à dire que l’assassinat de Cripsus fut une catastrophe historique, parce qu’il était un excellent général et le seul des enfants de Constantin à avoir des qualités d’empereur. »