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Interview de Felicia Dumas sur le Père Placide Deseille par Tudor Petcu

Père PlacideInterview du journaliste roumain Tudor Petcu avec Felicia Dumas, traductrice en roumain du père archimandrite Placide Deseille et sa fille spirituelle.

Le Père archimandrite Placide [Deseille], lumière de la spiritualité orthodoxe en France –

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1.) Pour commencer, je voudrais vous demander de bien vouloir nous raconter dans quel contexte avez-vous rencontré le père Placide [Deseille] et nous dire quel impact spirituel cette rencontre a eu sur vous. 
FD : J’ai rencontré le père archimandrite Placide Deseille il y a 22 ans, au monastère féminin de la Protection de la Mère de Dieu de Solan, métochion du monastère de Simonos Petra, dont il est le fondateur. M’y conduisait mon futur mari, un Français méridional devenu orthodoxe peu de temps avant notre mariage. Le père Placide a célébré la Divine Liturgie et a fait un sermon si puissant, dont la profondeur spirituelle m’a bouleversée. J’ai voulu le connaître tout de suite après et mon émerveillement a continué : il m’a parlé avec beaucoup d’affection des quelques visites qu’il avait faites en Roumanie et des rencontres qu’il avait eues avec des grands pères spirituels de chez nous : les pères Cléopas Ilie, Païssie Olaru, Teofil Părăian et d’autres. À l’époque, j’avais été juste très heureuse de cette rencontre providentielle avec un moine orthodoxe français si attaché affectivement à notre espace orthodoxe roumain. Ultérieurement, j’allais découvrir la profondeur spirituelle du père archimandrite en lisant ses livres et en apprenant son pèlerinage vers l’Orthodoxie, guidé par les écrits des Saints Pères et par sa conviction profonde que c’est dans l’Orthodoxie que se trouve la Vérité de la foi prêchée par le Christ à travers les Apôtres. J’ai été profondément impressionnée par l’érudition du père, par l’esprit de paix et de sainteté qu’il rayonne, par l’humilité qui caractérise toute sa vie de moine athonite français. La rencontre avec le père Placide m’a fait comprendre qu’un vrai chrétien doit vivre de façon concrète tous les préceptes évangéliques non seulement pour plaire à Dieu, pour avoir le sentiment d’accomplir des règles extérieures imposées par l’Église, mais en priant pour que le Seigneur lui accorde de sentir leur bonne saveur, en faisant de l’augmentation de la grâce reçue au baptême le but suprême de son existence terrestre, comme gage du Royaume céleste. On ne peut pas être chrétiens seulement les dimanches et les jours de fête, seulement lorsqu’on va à l’église et le reste du temps, que chacun fasse son métier et qu’on se conduise comme s’il y avait une distinction bien cloisonnée entre une vie spirituelle privée et une vie laïque, sociale. Le chrétien orthodoxe est seulement un pèlerin durant cette vie terrestre, temporairement inséré dans les tissus complexes et compliqués de la vie sociale ; il est pèlerin vers le Royaume de Dieu. Ses bonnes actions, sa charité envers le prochain et le fait de ne pas haïr son ennemi doivent se voir avec joie et responsabilité lors de chaque instant de sa vie sur la terre. Il doit confesser le Christ à travers tout ce qu’il fait, dans la pratique de son quotidien et non pas en théorie. La rencontre avec le père archimandrite m’a fait sentir en vérité, de l’intérieur, la beauté et la saveur de l’Orthodoxie, m’a fait passer outre les règles contraignantes d’une Orthopraxie enracinée dans la pratique religieuse qui caractérise notre culture roumaine traditionnellement orthodoxe. Je fais référence ici à la distinction que faisait entre l’Orthodoxie l’Orthopraxie (comme mise en pratique mécanique de règles formelles et de rituels dont on ne comprend pas vraiment le sens) Mgr André Scrima, que j’ai eu la joie de connaître à Bucarest en 1998, au Collège de la Nouvelle Europe où il était l’invité du recteur, M. Andrei Pleșu. 
2.) Dans quelle mesure vous considérez qu’à travers sa pensée spirituelle, le père archimandrite Placide Deseille peut dynamiser la spiritualité orthodoxe contemporaine ? À quel point la personnalité du Père est-elle importante pour l’évolution de la spiritualité orthodoxe en France ? 
FD : Ce sont des questions provocatrices qui marquent deux aspects définitoires de l’impact que les écrits du père Placide ont en France et au-delà de ses frontières. Si par dynamisation on comprend une manière de faire sortir l’Orthodoxie d’une inertie théorique, d’une pratique et d’un vécu superficiels, vaguement religieux, réglementés de façon culturelle-traditionnelle, par la mise en évidence claire et ferme du véritable sens de la vie chrétienne dans le monde de nos jours et de la richesse inégalable de la spiritualité orthodoxe, alors oui, certainement que l’on peut parler de cela. Dans les cultures traditionnellement orthodoxes et dans les écrits des théologiens qui les caractérisent, on remarque souvent la tendance d’une théologie un peu académique, scientifique et savante ; plus le discours est prétentieux et plus il a des références bibliographiques d’exégèse (et pas forcément patristiques), plus il semble être apprécié par les autres chercheurs et spécialistes théologiens. La vie spirituelle, avec ses hauts et ses bas, avec ses épreuves et ses victoires, est traitée en général (et de façon presqu’exclusive) dans les travaux de quelques moines renommés pour leur rayonnement spirituel, pris comme modèles pour les lecteurs par les maisons d’éditions qui les publient. Le père archimandrite Placide Deseille n’a pas écrit de livres pour se fabriquer un CV impressionnant ou une liste de publications qui lui rapporte une promotion académique quelconque. Non, tous ses livres sont écrits pour le profit spirituel des lecteurs, dans le but de guider ceux-ci sur la voie de la vraie foi. C’est dans le même but que le père archimandrite a traduit du grec quelques écrits patristiques fondamentaux, que ses enfants spirituels et tous les chrétiens qui souhaitent se perfectionner spirituellement puissent lire en langue française. L’Échelle sainte de saint Jean Climaque, les Homélies spirituelles de saint Macaire le Grand, les Discours ascétiques de saint Isaac le Syrien sont des écrits fondamentaux qui font partie du canon de prière des moines athonites ainsi que des fidèles les plus fervents, désireux de se perfectionner spirituellement et d’acquérir la sainteté. En insistant sur le véritable but de la vie chrétienne, sur l’importance de garder la Tradition de l’Église (au niveau de la pratique liturgique, du jeûne et de la prière, du respect des Saints Sacrements, de l’importance de l’administration des Sacrements du Baptême et du Mariage), et par le fait de se rapporter en permanence à la pensée des Pères de l’Église, Géronda Placide propose à travers ses écrits un véritable guide spirituel à valeur de norme, ou bien, une boussole spirituelle pour l’Orthodoxie de France en spécial et pour l’Orthodoxie de l’Occident en général. 
L’une des particularités de la spiritualité orthodoxe de l’Hexagone est la coexistence de plusieurs juridictions canoniques sur un seul territoire géographique « national », situation qui est due à la (ré)implantation de l’Orthodoxie dans ce pays à travers plusieurs émigrations, russe, grecque, roumaine, serbe, etc. Dans la plupart des paroisses et des monastères, quelle que soit leur juridiction canonique, le père Placide est très connu et associé à l’esprit de la Tradition authentique de l’Église, de la patristique, de la rigueur et de la fermeté athonite, de la transmission fidèle et inaltérée de la Vérité de la foi. Ses écrits sont de véritables guides de pratique de la spiritualité orthodoxe, une seule dans l’Orthodoxie tant pour les moines que pour les fidèles (et Géronda insiste là-dessus dans son livre Le Monachisme orthodoxe. Les principes et la pratique), des normes et des phares d’orientation de ceux qui désirent faire des progrès spirituels, d’acquérir la sainteté et en gage, la vie éternelle. À cause de la coexistence de cette multitude de juridictions, apparaissent parfois des animosités et des conflits, des rivalités entre les membres des communautés traditionnellement orthodoxes de la diaspora et les autres, d’origine française, convertis à l’Orthodoxie, qui ne revendiquent pas forcément une appartenance « nationale » (terme dangereux dans l’Orthodoxie à cause des égarements phylétistes condamnés par l’Église) à l’une des Églises autocéphales dont ils dépendent administrativement et canoniquement. Le Père archimandrite Placide Deseille insiste sur l’universalité de l’Église Orthodoxe et sur l’importance fondamentale de la communion eucharistique entre les Églises locales, fondées autour de leur évêque. Et je cite ici un fragment de l’homélie pour le Dimanche de Tous les Saints de France, que j’ai traduit avec toutes les homélies du père l’année dernière aux éditions Doxologia de la Métropole de Moldavie et de Bucovine de Iasi : « Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui les différentes Églises locales présentes en France dépendent de différents patriarcats, souvent fort éloignés, en tout cas dont pas un seul ne se trouve sur le territoire de notre pays, ce n’est pas pour cela que l’Église de Dieu en France est divisée, car, en chaque lieu où actuellement la Divine Liturgie est célébrée chaque dimanche, c’est le Corps du Christ dans sa plénitude qui est rendu présent. Et quelle que soit l’appartenance juridictionnelle, canonique, de chacune de ces paroisses à un patriarcat plus ou moins lointain, cela n’a finalement qu’une importance très relative. Une paroisse orthodoxe qui se trouve à Marseille, à Nice ou à Poitiers peut bien dépendre du patriarcat de Constantinople, ou de Bucarest, ou de Moscou ; elle n’en est pas moins, avant tout, le Corps du Christ –qui n’est ni grec, ni roumain, ni russe-, présent à Marseille, à Nice ou à Poitiers. Et cette paroisse, si elle veut être authentiquement une Église, ne peut être réservée à des fidèles grecs, roumains ou russes, mais doit être ouverte à tous, sans distinction d’origine ou de nationalité. Sinon, elle ne sera qu’un groupe phylétiste, donc hérétique, ou un club folklorique, mais pas une Église »[1]
 
3.) Oui, justement, étant donné le fait que vous avez traduit une partie des livres du père Placide Deseille, je vous demanderais de nous dire quel a été l’impact de ces traductions dans le milieu théologique orthodoxe de Roumanie. 
FD : Je peux vous dire avec certitude quel impact cette activité de traduction a eu sur moi: un effet de transformation intérieure profonde sur le modèle de la vie spirituelle présent dans les livres traduits, dans la direction de la manifestation de la Joie de vivre dans l’Église du Sauveur Jésus-Christ, de la doxologie, de l’humilité, du bon sens et de la discrétion dans l’accomplissement de tout ce qui relève de la vie terrestre, sociale, et de la confession permanente, à travers tous les faits et gestes de charité à l’égard du prochain, de la véritable foi en Christ et de la filiation spirituelle à l’égard du père archimandrite. Quant à l’impact de ces traductions sur le milieu théologique orthodoxe roumain, je ne peux faire qu’une série d’appréciations plutôt subjectives. En plus de mes cours à la Faculté des Lettres, j’enseigne également le français à la Faculté de Théologie Orthodoxe « Dumitru Stăniloae » de Iași, où j’ai eu la joie de découvrir il y a trois ans parmi mes étudiants un jeune Français devenu orthodoxe habitant en Belgique. Comme je travaille beaucoup avec les étudiants en téhologie sur les écrits du père Placide, ce jeune a été intéressé, pour son propre profit spirituel, de rencontrer le père et j’ai été très agréablement surprise de le retrouver l’année dernière dans la cour du monastère Saint-Antoine-Le-Grand, avant l’office de l’agrypnie pour la Dormition de la Mère de Dieu. Certes, je crois qu’avant tout les étudiants en théologie sont intéressés par le côté inédit et insolite, de nouveauté presqu’exotique pour eux, de l’existence d’un monachisme orthodoxe vécu en France selon le typikon de la Sainte Montagne. Néanmoins, j’ai remarqué qu’ils deviennent petit à petit très impressionnés par la profondeur de la pensée et de la pratique monastique de vie spirituelle du père archimandrite. Leurs professeurs de Iași (surtout le père doyen), des hiérarques de notre Église roumaine ou d’autres théologiens du pays me parlent avec beaucoup de joie de la lecture des traductions des livres de Géronda. Je reçois des courriers électroniques de différents coins du pays, en tant qu’échos de la découverte –à travers la lecture des traductions- de la pensée du père, profondément et authentiquement ancrée dans la Tradition de l’Église et les écrits des Saints Pères. Bine sûr, dans les cultures traditionnellement orthodoxes, il y a aussi une certaine curiosité à l’égard du phénomène de la conversion à l’Orthodoxie, des parcours et des personnalités des convertis des pays occidentaux. Toutefois, les écrits du père apportent un souffle nouveau, de présentation extrêmement claire, rigoureuse et profonde de la joie de vivre en Christ, de la beauté confondante de la spiritualité orthodoxe, de ses dogmes vivants, par le fait d’insister sur la vie spirituelle, sur la richesse et les trésors spirituels de l’Église dans laquelle nous les Roumains sommes nés et que nous avons tendance à ne plus voir, à côté desquels nous passons assez souvent indifférents. J’ai insisté chaque fois dans les préfaces ou les introductions des traductions des livres de Géronda (j’en ai traduit quatre) sur ces particularités de ses écrits, et sur le fait que le père archimandrite Placide Deseille représente pour l’espace francophone ce que le père Sophrony Sakharov, avec lequel il a été ami et dont il garde la photographie dans sa cellule, représente pour l’espace anglophone. 
 
4.) Est-ce que vous considérez que l’on peut parler d’une unicité de la personnalité du père Placide Deseille et si oui, comment la caractérisiez-vous? 
FD : Profondément ancrée dans une humilité impressionnante et confondante pour l’homme contemporain en général et pour l’homme occidental en particulier, le père archimandrite n’aimerait pas qu’on parle d’une unicité qui le caractérise dans le sens d’une distinction superlativisatrice. Je crois qu’une position particulière lui est conférée toutefois par la vigueur de sa confession doxologique de moine athonite français, devenu orthodoxe après plus de vingt ans de vie monastique dans l’une des plus grandes et des plus traditionnelles (dans le sens de l’observance d’une règle de vie monachale rigoureuse) abbayes cisterciennes de France. La profondeur et la persévérance de son parcours spirituel, son pèlerinage aux sources comme il aime à nommer son entrée dans l’Orthodoxie, racontés dans le livre Propos d’un moine orthodoxe (le premier livre du père archimandrite que j’ai traduit en roumain pour les éditions Doxologia, avec la bénédiction de Mgr Théophane, le Métropolite de Moldavie et de Bucovine, que le père Placide aime beaucoup) lui confère une note à part, de singularité. Autrement, par tous ses écrits, par l’enracinement profond et vigoureux de sa pensée théologique dans la Tradition de l’Église et les écrits des Saints Pères, par l’authenticité de sa vie monastique vécue selon le typikon de la Sainte Montagne de l’Athos, le père archimandrite s’inscrit avec fermeté dans la tradition des grands moines athonites, des grands Gérondas, des véritables confesseurs à travers leur vécu monastique de la Vérité de la foi, tels : l’Ancien Joseph l’Hésychaste, les pères Joseph de Vatopédi (disciple du premier), Païssios du Mont Athos, Éphrem de Katounakia, Petroniu Tănase – notre compatriote, ami du père Placide, ou Géronda Aimilianos de Simonos Petra, son père spirituel. Le père archimandrite Placide Deseille est un moine théologien, comme tant d’autres grands moines théologiens de l’histoire de l’Église, de tradition et d’esprit athonite et dans l’acception donné au mot théologien par Évagre le Pontique: « Si tu pries vraiment, tu es théologien ». 
 
5.) Quel est le conseil spirituel du père archimandrite Placide Deseille qui vous a impressionné le plus et que vous aimeriez transmettre à votre tour à tous ceux qui veulent comprendre la spiritualité orthodoxe dans sa profondeur? 
FD : De garder fidèlement, inaltérée la Tradition de l’Église et la flamme de la foi toujours allumée. À un premier abord, ceci peut avoir l’air d’un conseil un peu trop banal voire même un peu anachronique, mais si l’on regarde attentivement vers ce qui se passe en Europe occidentale de nos jours, mais aussi chez nous, en Roumanie, on comprend vite qu’il en est tout autrement. Toutes les tentations auxquelles est confronté l’homme moderne, profondément attachées à l’accumulation des biens matériels et au soucis de ce monde, de s’assurer des conditions de vie des plus confortables, tendent à détourner son attention et à l’éloigner du véritable but de sa vie terrestre qui est celui de faire des progrès spirituels, de collaborer avec la grâce du Saint-Esprit afin d’obtenir la sainteté. Tant le père Placide Deseille que le père Sophrony Sakharov le disent très clairement dans leurs écrits: le but de la vie terrestre du chrétien est sa divinisation. Et ce but ne peut être atteint que par des renoncements et des efforts, que dans le sein de l’Église Une, catholique et apostolique, qu’en respectant l’esprit de la Tradition qui se transmet seulement dans et par l’Église, qu’en vivant une foi qui demande de plus en plus de nos jours à être des confesseurs. La Tradition de l’Église doit être strictement respecté à tous les égards, tant en ce qui concerne le typikon des offices (qui ne doivent pas être abrégés pour être plus agréables aux goûts de l’homme contemporain), l’administration des Sacrements (l’union dans le Sacrement du Mariage uniquement entre un homme et une femme), le respect des normes chrétiennes authentiques de vie, qui supposent par exemple, une ascèse corporelle avant le mariage, le fait de communier plus fréquemment mais après une préparation sérieuse et responsable. 
 
6.) Si vous voulez nous parlez un peu des monastères athonites français du père Placide Deseille, dont un est attaché, me semble-t-il, au monastère de Simonos Petra de la Sainte Montagne. 
FD : Les deux monastères fondés par le père archimandrite Placide Deseille en France, le monastère féminin de Solan (du département du Gard) et celui masculin situé dans le Vercors, sont des métochia, des dépendances du monastère de Simonos Petra du Mont Athos, le monastère de métanoïa ou de conversion de Géronda. L’épisode de son long cheminement vers L’Orthodoxie et de sa tonsure monastique à Simonos Petra est raconté dans le livre Propos d’un moine orthodoxe. Une fois entré dans la communauté monastique de Simonos Petra, l’higoumène de l’époque de ce monastère –Géronda Aimilianos- a considéré qu’il était beaucoup plus utile que le père archimandrite rentre en France pour y fonder des métochia de Simonos Petra où la vie monastique soit pratiquée en langue française, selon le typikon athonite. Et c’est ainsi qu’ont été fondés les deux monastères. La communauté des sœurs de Solan est l’une des plus nombreuses de France et se compose de seize moniales de neuf nationalités différentes: française, chypriote (comme la mère higoumène), brésilienne, suisse ou estonienne. Il y a même une sœur roumaine. La communauté des moines et moins nombreuse, comptant seulement sept pères, dont un d’origine allemande. Si l’église du monastère de la Protection de la Mère de Dieu de Solan est encore en construction, le katholikon du monastère Saint-Antoine-Le-Grand du Vercors est un véritable bijou, un chef-d’œuvre d’architecture byzantine, selon le modèle de ceux du Mont Athos. Peinte à l’intérieur par un grand iconographe russe contemporain, par affection pour le père archimandrite et la beauté de la vie monastique de sa communauté, l’église compose avec les dépendances monastiques –les cellules, le réfectoir –un petit Athos français. La régularité des offices, la prière incessante et le respect du typikon athonite confère à ce monastère un esprit de paix que le cœur et l’œil intérieur perçoivent immédiatement. Les sermons pleins de force et de profondeur spirituelle du père archimandrite, son visage toujours serein et radieux, son regard d’une clarté angélique derrière des grosses lunettes, ainsi que le zèle des célébrations des offices du doux père Denis (l’autre hiéromoine de la communauté) constituent pour moi l’image d’un coin de paradis, d’avant-gôut du Royaume, du Royaume des cieux dont peuvent faire l’expérience déjà ici-bas tous ceux qui franchissent avec foi le seuil du monastère. En plus de la beauté des offices, assurée en grande partie par la musique byzantine, ces deux monastères représentent de véritables oasis de communion fraternelle entre les fidèles des différentes juridictions qui les fréquentent, dont une grande partie se convertissent souvent au statut d’amis des monastères et enfants spirituels du père archimandrite. Et ainsi, laïques et moines, ils avances ensemble, sous la direction spirituelle sûre et douce de Géronda vers la Lumière sans déclin, s’efforçant chacun, selon ses forces, de mettre en pratique les conseils spirituels du père de faire « grandir en nous la vie divine, la grâce divine reçu au Baptême, que nous devons faire grandir sans cesse par la charité, par l’amour de Dieu et du prochain, par l’amour à l’égard de toute la créature ».
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Interview du journaliste roumain Tudor Petcu avec Felicia Dumas, traductrice en roumain du père archimandrite Placide Deseille et sa fille spirituelle.

A voir aussi sur le blog : 

http://orthodoxologie.blogspot.ro/2016/01/le-pere-archimandrite-placide-deseille.html?m=1
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Felicia Dumas est professeure des universités à Iasi, en Roumanie, traductrice en roumain de quatre livres du père archimandrite Placide Deseille et sa fille spirituelle. 
Tudor Petcu est journaliste et philosophe, intéressé par l’évolution de la spiritualité orthodoxe en Occident et particulièrement en France, par les écrits du père archimandrite Placide Deseille.