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In memoriam Père Dumitru Stàniloae (16/11/1903 – 5/10/1993)

L’homme

Vingt ans déjà ! Il semble que c’est hier que nous gravissions l’escalier pauvre de la rue Cernica à Bucarest, non loin de la Calea Mosilor. Nous ne séparons pas les images qui nous restent de notre Père en Dieu de celles que nous avons de son épouse, l’humble et souriante Maria, haute comme trois pommes, toujours accueillante, effacée mais présente, veillant sur son grand homme de mari comme une grande sœur. L’appartement où l’on entrait, en haut de cet assez triste escalier, était bien simple, lui aussi. Comment un homme de cette qualité, une des plus grandes intelligences de la Roumanie et de notre temps, pouvait-il ne pas être reconnu et honoré pour qui il était ? C’était entre les années 80 et 90…

 

Quand il parlait, car il parlait tout de suite, il ne cessait de contempler les mystères qu’il décrivait. Père Dumitru était un théologien contemplatif et voyant, un théologien mystique. Il parlait, ou écrivait, de ce qu’il voyait. Il n’était pas seulement de grande taille, il était grand, immense par la sublimité de son esprit toujours enflammé par l’enthousiasme spirituel. Les idées théologiques surabondaient, et il les exprimait néanmoins avec calme, dans une grande concentration de l’esprit ; il semblait chercher toujours le mot et la phrase fidèles à sa contemplation. Il fermait un peu les yeux, en levant doucement le visage, ou au contraire en l’inclinant vers son cœur, comme pour percer des murs invisibles et pour pénétrer plus avant dans le mystère. Il pénétrait les mystères divins…

 

Un large sourire fendait son visage et plissait ses yeux qu’il avait déjà en amande, à tel point qu’ils paraissaient fermés. Il était beau et humain, non seulement par la régularité de ses traits, mais, comme l’ont vu tous ceux qui l’ont approché, d’une beauté spirituelle, l’irradiation de sa belle âme religieuse roumaine. C’est certainement l’expérience personnelle de la prière hésychaste qui lui avait donné au cours des années ce rayonnement de la face, intelligence naturelle transfigurée par l’Esprit. Sa prière était souvent très simple : « Seigneur, aide-nous, éclaire-nous ! » Il priait comme le paysan roumain qu’il était. Il montrait une grande humilité devant Dieu dont il percevait la présence.

Le théologien

Père Stàniloae était un penseur exceptionnel, d’une immense culture patristique. On sait qu’il avait une prédilection pour saint Maxime le Confesseur, qui a inspiré la plupart des développements remarquables qu’il a publiés, notamment dans la Théologie Dogmatique Orthodoxe et dans L’image immortelle de Dieu. Il avait également une vénération pour saint Grégoire Palamas, grâce auquel il avait été affranchi d’une certaine captivité scolastique et était passé de la théologie académique à la théologie mystique. Il improvisait à chaque moment des développements théologiques nouveaux, comme s’il était en train de découvrir un aspect neuf de notre théologie orthodoxe.

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