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La conception du bonheur dans l’Église

Les Béatitudes

Le saint Évangile donne, selon saint Matthieu, dès le chapitre 5, une perspective de bonheur. Toutefois, par « béatitude », on entend davantage que le bonheur dont il est question de façon ordinaire. La béatitude est l’expérience d’une joie intense grâce à l’Esprit saint : celui-ci communique à ceux qui font la volonté du Père la joie dont le Christ est le témoin, le porteur et le messager. La lecture de la Parole nous fait entendre que le projet même de l’Incarnation – Dieu devenant Homme – est la participation de l’être humain à la joie divine : « afin qu’ils aient la plénitude de ma joie », dit le Christ (Jn 17, 13). Les divers vocables que nous employons – bonheur, joie, béatitude, allégresse, liesse, exultation ! – sont des mots magnifiques qui désignent, en réalité, des degrés dans l’épanouissement de l’être humain en Dieu. La Mère de Dieu donne, au début de l’Évangile selon saint Luc, un beau témoignage de bonheur en Dieu.

Quête universelle

Tout être humain, toute créature douée ou non de raison, les animaux, les plantes, les minéraux probablement ( !) ne cherchent rien d’autre que le bonheur. Pourquoi ? Parce que leur essence vient du Paradis. Chaque créature est voulue par le Créateur et Celui-ci se reconnaît en elle en disant qu’elle est belle et bonne et vraie (Gen. 1). L’aspiration au bonheur vient donc du fait que le Créateur trouve sa joie dans la créature. Le bonheur auquel nous aspirons, nous et nos compagnons ailés ou à nageoires, n’est pas un bonheur sans Dieu, que nous en soyons ou non conscients. Ce que le Christ a apporté, dans ce domaine, c’est la conscience du bonheur en Dieu, ce qu’on appelle la gratitude, c’est-à-dire la possibilité de nous réjouir en réponse à la joie de Dieu. Nous réjouir en Dieu ; qu’Il se réjouisse en nous ; être la joie de notre Seigneur : le Christ au Jourdain atteste cette mutuelle béatitude. Et cette gratitude culmine dans l’Eucharistie. Selon une parole de saint Maxime, nous voulons être heureux, être plus heureux et l’être toujours ! C’est pourquoi un monde sans Dieu n’aurait aucun sens : nous ne pourrions pas aspirer à être éternellement heureux.

L’acquisition du bonheur

L’unique obstacle au bonheur est l’égoïsme, ou l’amour de soi. Même sur le mont Thabor, quand les apôtres se trouvaient si heureux en présence du Christ Dieu, de Moïse et d’Elie, ils n’ont pas eu la bénédiction pour jouir de cette béatitude de façon égoïste. Le Christ les a envoyés dans le monde afin que le monde connaisse la joie préparée pour lui par la Résurrection. Toute l’ascèse chrétienne – jeûne, prière, aumône, prosternations, veilles, lecture, en général accomplissement des commandements en faveur du prochain – n’a pas d’autre but que d’être heureux en rendant les autres heureux. Le péché nous rend malheureux, nous-mêmes et les autres. Et dès que nous commençons à renoncer à notre amour propre, dès que nous commençons à nous consacrer à autrui plus qu’à nous-mêmes, il vient dans notre cœur une grande paix, un grand bonheur. Pourquoi ? Parce que le bonheur, n’étant justement pas égoïste, est essentiellement communion – échange dans l’amour ; bonheur partagé et attesté les uns par les autres. Quand la femme qui avait perdu son argent l’a retrouvé, elle a appelé toutes ses voisines pour qu’elles se réjouissent avec elle : et elle n’aurait pas été complètement heureuse si elle avait dû se réjouir toute seule ! C’est le sens de toutes nos fêtes…