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Spiritualité et liturgie

« En général, une spiritualité véritable est une spiritualité vivante, qui engage tout l’être humain.

Comme telle, elle se nourrit de la communion dans la prière et de la manifestation de l’identité de foi entre plusieurs personnes. Seule cette communion donne une chaleur à la vie spirituelle de chacun. Une spiritualité suivie par un seul s’égare, se dessèche, et, souvent, devient surtout une spiritualité théorique qui n’engage que l’esprit. De la spiritualité dépend de façon naturelle la communion. La vie de chacun se développe en liaison avec les autres ; elle vient des autres. Cette spiritualité vivante, qui comprend l’être humain tout entier et qui est alimentée par la communication avec autrui, et qui constitue la communion, est entretenue dans le christianisme par la sainte liturgie. Et elle reçoit dans la liturgie orthodoxe un sceau particulier.

 

Si la spiritualité signifie le contenu de la foi vécue par une expérience vivante, la liturgie orthodoxe réalise cela d’une façon particulièrement accentuée. Ceci résulte également du fait suivant : la spiritualité montre au chrétien une voie où il est appelé à entrer pour y expérimenter toujours davantage le contenu de la foi, ou Dieu lui-même : elle le conduit donc vers un but. Grâce à elle, le chrétien orthodoxe s’approche de plus en plus du terme de l’accomplissement de lui-même, ainsi que le comprend sa foi. Mais on peut dire également que, de cet accomplissement et de cet approfondissement dans la foi, dépend la communion entre lui et les autres chrétiens et donc la création d’une communauté toujours plus étroite entre eux. Il n’est pas possible que quelqu’un accomplisse et approfondisse la foi sans l’aide d’autrui et sans manifester, au sein des relations avec les autres personnes, qu’il progresse dans l’accomplissement de lui-même.

 

La liturgie orthodoxe satisfait cette exigence, de façon particulièrement accentuée, en nourrissant la communion spirituelle entre chrétiens du contenu de la foi chrétienne, qui est d’une profondeur et d’une richesse indicibles. Même s’il existe également une ascension individuelle des chrétiens vers Dieu par la purification des passions, par l’acquisition des vertus et par la contemplation des raisons de la création, cette élévation ne pourrait avoir lieu si elle n’était aidée pas une élévation liturgique vers Dieu, que chacun réalise avec la communauté des autres croyants. Cette montée est soutenue par le Christ ressuscité, dans l’union avec tous les croyants par la sainte communion. Et l’union au Christ dans la sainte communion unit les croyants rassemblés dans le Christ avec la sainte Trinité également, et elle fortifie en eux la qualité d’héritiers avec le Christ du Royaume du Père, tandis que l’Esprit saint repose en eux.

 

Bien sûr, le Christ ressuscité avec lequel nous sommes unis est également le Christ qui s’est sacrifié pour nous, en se montrant par-là pur de tout égoïsme et en nous fortifiant nous aussi en cette voie. Aussi, en nous unissant à lui, faut-il que nous nous montrions nous aussi purs de l’égoïsme, comme des sacrifices vivants, saints et agréables à Dieu (Rom. 12, 1). Et cela se montre dans l’amour actif pour le prochain. C’est pourquoi le Christ appelle à hériter du Royaume de son Père ceux qui ont nourri les affamés, habillé ceux qui sont nus, secouru les malades, etc. (Mt. 25, 35ss). Ainsi nous avançons dans la communion entre nous et Dieu, en tant que Royaume de la sainte Trinité. Mais nous ne pourrions faire cela si nous ne nous étions pas unis par la sainte communion au Christ qui est en état de sacrifice. »

 

(Père Dumitru Stàniloae, Spiritualité et communion dans la liturgie orthodoxe, Bucarest, 2004, bientôt traduit en français)