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Qu’entend-on par musique « liturgique » ?

Le PeupleProphète David

« Liturgique » veut dire l’œuvre du Peuple de Dieu. Une telle musique est celle qui engage l’assemblée entière de ceux qui sont consacrés à Dieu, par la foi (en milieu juif) et par le baptême. Comme un seul homme, le Peuple de Dieu, peuple sacerdotal, célèbre, officie, sert son Dieu par la louange et la supplication. La première caractéristique d’une telle musique est qu’elle mobilise tous les croyants, de l’Évêque à l’enfant balbutiant.

Unité

Une unité musicale est indispensable pour assurer une telle commune célébration. C’est une unité à travers le temps et les âges, par l’utilisation de formules mélodiques traditionnelles – hébraïques, byzantines, grégoriennes, slaves – par lesquelles la mémoire auditive joue son rôle. Ces mélodies sont très proches les unes des autres, parce qu’elles une commune origine juive, et qu’elles reposent sur le système de formules développées au-dessus d’une note initiale de récitation, ou sous elle : la lecture de la Parole sur une seule note (recto tono) est le point de départ.

Le souffle

Le chant assure une commune respiration du corps formé par l’assemblée. Pour cela, il est alterné, et permet tantôt d’écouter, tantôt de chanter ; tantôt d’inspirer, tantôt d’expirer. Le chant est partagé dans l’assemblée entre trois rôles : l’autel (ou sanctuaire) avec évêque, prêtre et diacre ; le chœur, avec les chantres et les lecteurs ; et le Peuple (nef). Seuls les catéchumènes et les pénitents (narthex) ne chantent pas. Le souffle corporel est la métaphore concrète et ressentie de l’inspiration divine : l’Esprit est Souffle. C’est pourquoi le chant est indispensable.

L’intelligibilité

La clarté de la diction et la familiarité de la langue utilisée permettent au corps ecclésial des célébrants d’avoir une même pensée : l’unanimité. La célébration est un moment important de méditation de la Parole ; l’intelligence humaine y a sa place, elle qui est à l’image de l’intelligence divine ou Logos, le Verbe. Les officiants (ministres ordonnés, chantres et Peuple) comprennent ce qu’ils chantent, ils sont de plus en plus conscients du sens de ce qu’ils prononcent et écoutent, ainsi que de la présence parmi eux du Verbe incarné. Et chaque peuple chante dans sa langue, les mélodies, sur la base traditionnelle, étant générées par les accents naturels de chaque idiome.

L’écoute

La célébration liturgique est structurée de façon que la musique – c’est-à-dire le chant – serve à la mémorisation et à l’assimilation de la Parole. Le rôle de la musique dans les offices liturgiques est d’inscrire la parole de Dieu dans la profondeur de la conscience des croyants qui deviennent ainsi porteurs du Verbe et porteurs de l’Esprit. Les dispositions intérieures des célébrants sont très importantes parce qu’elles favorisent une audition attentive des messages divins. C’est une des raisons d’être du jeûne liturgique, de l’absolution des péchés et de la réconciliation fraternelle qui précèdent la célébration.

La stylisation

La musique liturgique tend à transfigurer les sentiments et les sensations. Du stade purement subjectif, affectif ou sensuel, elle les promeut à un statut universel. Comme c’est le cas pour l’Icône – norme de référence pour tout art liturgique – ce qui est humain a vocation d’être transparent au divin, c’est-à-dire d’exprimer l’union des deux natures dans la Personne du Christ. La musique est au service de la parole, et des mots précis qui expriment la foi de l’Église ; elle en souligne le sens et la vérité. Le lyrisme, en liturgie, se trouve toutefois dans la louange, l’exultation pour la magnificence de Dieu, transfiguré par la foi, exprimant le grand amour de Dieu pour la créature et de celle-ci pour son créateur.

 

Ces notions élémentaires ont été expliquées à notre époque de renouveau de la Tradition par des liturgistes comme les prêtres Alexandre Schmemann et NicolasLossky, ainsi que Maxime Kovalevsky.