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Principes liturgiques de Maxime Kovalevsky (Philippe Leroux)

Maxime Kovalevsky était autant musicologue, bénéficiant de ce que peut apporter la musicologie avec sa méthodologie et ses protocoles quasiment scientifiques, que compositeur et théologien. Sa composition s’est appuyée sur des recherches concernant divers répertoires de musique liturgique, et sur une réflexion profonde des fonctions de la musique et de ses acteurs au sein de la liturgie chrétienne et orthodoxe en particulier.

Il a mis en lumière ce qu’on pourrait appeler des « canons de la musique liturgique ». Il semble que ceux-ci n’avaient encore jamais été nommés de façon aussi précise, rigoureuse et bien-fondé théologiquement.

Le génie de Maxime est, tout d’abord, d’avoir compris que les trois grandes traditions de musique liturgique chrétienne: byzantine, slave et romaine, ne se différencient qu’en fonction de la langue qu’elles soutiennent : grec, slavon et latin, et qu’elles reposent sur les mêmes fondements.

Éléments provenant de la Tradition

Parmi ceux-ci : le fait qu’elles sont composées d’éléments musicaux traditionnels. La musique liturgique suit un processus de développement organique. Les éléments qui la composent et l’organisent sont à la fois toujours les mêmes et en perpétuelle évolution. Ils proviennent

des débuts du christianisme, voire de plus loin. Certains sont issus directement de la façon dont le Christ et les prophètes s’exprimaient en chantant. Les textes sacrés utilisés dans l’Église ont toujours été associés à une musique. Maxime pensait que la signification profonde d’un texte liturgique est donnée, bien sûr, par le sens du texte, mais aussi par ce qu’on pourrait appeler son « portage musical » (3), c’est à dire la musique qui le soutient. Cette musique véhicule toute une série d’informations non contenues dans le seul texte, elle interprète le texte. Par exemple, si nous voyons écrit le mot « viens », nous comprenons qu’une personne demande à une autre de venir. Mais si nous entendons le mot « viens », selon l’intonation que prendra la personne qui parle, nous saurons si ce mot représente une injonction ou une supplique. Nous aurons donc des informations supplémentaires sur l’état d’esprit de la personne qui prononce ce « viens ». Il se passe le même phénomène dans la musique liturgique, qui, lorsqu’elle provient de la « tradition » (4), est porteuse d’informations sémantiques complémentaires de celles qui sont contenues dans le seul texte sacré.

Celui-ci, chanté selon un chant traditionnel remontant aux premiers chrétiens, possède ainsi son sens complet : le sens intrinsèque du texte lui-même, auquel s’ajoute celui provenant de son interprétation musicale. En adjoignant aux écrits un sens plus subtil et plus précis, le chant liturgique transmet rigoureusement l’éclairage sous lequel il faut les comprendre.

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